Le captage du CO2, un processus industriel complexe et encore énergivore

 Il est difficile au travers des diverses publications et annonces de connaître l’état d’avancement réel des développements industriels concernant le captage du CO2 après combustion de gaz ou de charbon dans les processus industriels comme la production d’hydrogène ou la génération de courant. Ce caractère flou des publications concernant les travaux réalisés provient à la fois de la complexité des problèmes à résoudre, de la nécessaire confidentialité industrielle et peut-être de l’entretien volontaire de la vivacité du mythe de prochaines usines ou centrales électriques sans rejets.

 La complexité des problèmes est évidente. Dissoudre provisoirement dans une colonne à solvant les quelques 10% de CO2 contenus dans les effluents issus des turbines ou des réacteurs de combustion d’une centrale n’est pas une mince affaire. Il va falloir définir un mélange solvant chimiquement stable qui ne s’évapore pas avec les gaz, qui absorbe rapidement et sélectivement le CO2, qui va utiliser le moins d’énergie possible lors du cycle complet de dissolution et de relargage des gaz par des variations de pression et de températures et qui va devoir être régénéré et débarrassé des diverses impuretés absorbées autres que le CO2 et produites lors de la combustion.

  CCS-MHI-KS1-réaction
 Chaque industriel possède sa recette de solvant qui semble être composée, pour l’instant, d’amines modifiées et rendues solubles en milieu aqueux par des fonctions ioniques (carboxylates, sulfonates, phosphonates, etc.). Dans la littérature universitaire sont également largement étudiés les liquides ioniques (ILs) qui sont des sels constitués de cations organiques (imidazolium, pyridinium, tetraalkylammonium, phosphonium) associés à des gros anions minéraux (PF6-, BF4-, NO3-, ou plus complexes encore). Mais il ne semble pas, à ma connaissance limitée, que ces produits onéreux aient pour l’instant fait l’objet de développements industriels. On LIRA une excellente présentation de J.L. Anderson et Col. sur ce sujet qui date de 2007.

 L’industriel le plus avancé sur le sujet du captage du CO2 est incontestablement Mitsubishi Heavy Industries (MHI) qui commercialise un procédé dans ses unités de production d’urée qui font réagir de l’ammoniac sur du CO2. Ce CO2 provient de la première étape de production d’hydrogène nécessaire à la production d’ammoniac. L’industriel utilise un solvant appelé KS-1 qui lui permet de capter du CO2 à l’aide d’un cycle qui consomme dans les 640 kCal par kilogramme de CO2. En sachant que la combustion d’un charbon plus ou moins riche en hydrogène va générer entre 1700 et 2100 kCal par kg de CO2 produit, on constate que le captage du CO2 majorerait d’un tiers la consommation d’énergie et donc de combustible d’une centrale au charbon et sûrement plus pour une centrale au lignite. MHI travaille sur le développement d’un nouveau solvant qui pourrait lui permettre de descendre sa consommation d’énergie de captage du CO2 à 610 kCal par kg, soit une amélioration énergétique de 5% ce qui ne révolutionne pas l’équation.

Siemens dans le cadre d’un large planning pluriannuel sur ce sujet, vient d’annoncer que ses essais de captage sur un pilote implanté dans une centrale d’Eon en Allemagne venait d’atteindre 3000 heures de fonctionnement avec 90% de CO2 capté et pratiquement aucune perte de solvant qui est une solution aqueuse d’un sel d’un amino acide. La consommation d’énergie est « significativement plus faible que celle des procédés conventionnels »: avec de telles données tous les fantasmes sont possibles! La solution capte également un certain nombre de contaminants qui dans le futur devront être séparés de la solution par un procédé de régénération. Siemens devrait passer maintenant à l’étape N°2 de son planning, sponsorisée par de DoE américain et qui consiste à placer une unité de captage de CO2 à la sortie d’un réacteur de 890 MW de la centrale de Big Bend à côté de Tampa en Floride. Elle devrait être opérationnelle en 2013.

A suivre, mais tout optimisme démesuré comme celui de l’IEA sur le sujet, apparaîtrait comme profondément naïf!

LIRE le communiqué de Siemens.

 

Commentaires

10 réponses à “Le captage du CO2, un processus industriel complexe et encore énergivore”

  1. Avatar de an391

    Et le tiers dont vous parlez ne concerne pas le transport, ni le pompage sous le tapis. La vérité est donc une perte de rendement sans doute de l’ordre de 40 ou 50%, et les pipelines pots d’échappements, il faut les construire aussi.
    De plus on parle ici d’industire lourde, de tonnes à capter et trimbaler, aucun progrès « à la loi de Moore » à attendre.
    On peut donc dire que le CCS est une fausse bonne idée typique, et que sa mise en oeuvre effective serait un véritable scandale : une statue de l’île de Paques technologique, cramer plus et plus vite pour mieux se crasher. Car enfin, pour deux montagnes bousillées dans les Appalaches, en bousiller une troisième pour mettre l’étiquette « propre » sur l’énergie fournie par les deux premières ? Profondément grotesque (et si ce n’est pas une montagne bousillée pour en nettoyer une seule). Le CCS est bien la plus atroce niaiserie green washing de notre époque, qui pourtant n’en manque pas … (de ces niaiseries green washing)

  2. Avatar de I.Lucas
    I.Lucas

    Il y a trais familles de procédés:
    des procédés amont (précombustion) qui captent le dioxygène de l’air et le séparent du diazote : par exemple en utilisant de l’oxyde de fer un peu comme l’hémoglobine du sang
    – Le fer est d’abord soumis à un flux d’air qui l’oxyde;
    l’oxyde de fer est mis en
    contact du combustible fossile; qui le réduit. Les gaz brulés ne contiennent que du gaz carbonique
    Un procédé d’oxycombustion : on sépare l’oxygène de l’air souvent en liquéfiant l’air. Cette technique est déjà utilisée industriellement. Elle est utilisée dans l’expérience de capture du CO2 de Lacq
    – des procédés aval (post combustion) que vous avez décrit

  3. Avatar de Jeuf1
    Jeuf1

    J’ai du manqué un épisode. Il y a des réactions chimiques? moi qui croyait qu’on allait gonfler les anciens trous de mines comme des ballons de baudruche.
    En même temps, en y réfléchissnt, je me demande comment ça ne va pas s’échaper.
    Et puis, ça va prendre beaucoup de place, le CO2 gazeux.
    Bon sinon, an391 a dit l’essentiel, à mon avis. Rien que le nom des molécules cités dans le paragraphe sous l’image ne me dit rien qui vaille.

  4. Avatar de Ray
    Ray

    Lucas, vous vous mélangez un peu les pinceaux.
    Les diverses voies sont les suivantes:
    1- pièger le CO2 avant la combustion: en passant par le gaz à l’eau et la conversion du CO en CO2 on obtient un mélange CO2 + H2 dont on peut extraire le CO2 et produire de l’hydrogène qui va servir de combustible. C’est la voie qui serait choisie pour les procédés IGCC de gazéification intégrée du charbon à cycle combiné. Dans ces procédés complexes on peut s’offrir énergétiquement le captage du CO2 avec les meilleurs rendements (60%)du cycle combiné de combustion de l’hydrogène en turbine et utilisation des gaz de combustion pour alimenter un générateur à vapeur classique
    2- le second est l’oxycombustion avec deux variantes:
    2a – brûler le charbon avec un mélange O2 + CO2. Il n’y a plus d’azote dans les gaz et une partie du CO2 est recyclée pour assurer le transfert thermique
    2b – utiliser des oxydes métalliques intermédiaires en boucles (c’est la CLC chemical loop combustion) dont vous parlez ici.
    3 le troisième est le captage en post combustion classique.
    Une projection vers le futur de l’utilisation du charbon milite fortement pour les procédés IGCC avec captage du CO2.
    http://www.leblogenergie.com/2009/11/le-projet-californien-bprio-tinto-de-centrale-propre-au-charbon-gaz%C3%A9fi%C3%A9-est-confi%C3%A9-%C3%A0-ge-energy.html
    L’IFP offre de très bonnes présentations sur ces sujets:
    http://www.ifpenergiesnouvelles.fr/espace-decouverte-mieux-comprendre-les-enjeux-energetiques/tous-les-zooms/changement-climatique-les-technologies-de-captage-du-co2

  5. Avatar de Ray
    Ray

    Jeuf, le CO2 ne reste pas gazeux.
    Je vous recommande pour avoir une meilleure compréhension de ce qu’il se passe de voir la SUPERBE animation de Delaplace publiée sur le site de l’IFP:
    http://www.ifpenergiesnouvelles.fr/content/download/67620/1469501/file/T%C3%A9l%C3%A9charger%20l%27animation%20comment%C3%A9e%20"Que%20devient%20le%20CO2%20inject%C3%A9%20dans%20le%20sous-sol%20?"%20%20%5Bformat%20.exe%5D.pdf

  6. Avatar de an391

    A partir de quelle perte de rendement peut-t-on considérer que le CCS est du pur scandale qui devrait être strictement interdit ? (à part peut-être quand utilisé pour mieux siphoner les puits de pétrole exsangues), 2% 5% 10 20 ? Je dirais 5 ou 10, et vous ?

  7. Avatar de an391

    Ceci en comptant tous les investissements nécessaires à la mise en place des pipelines pots d’échappements pour pousser la fumée sous le tapis bien sur

  8. Avatar de Ray
    Ray

    an40, ce sont les règlementations pays par pays et les prix relatifs qui décideront. Pour l’instant les prix du gaz naturel, de par l’abondance mondiale de la ressource, sont si bas que la mise en oeuvre du CCS à large échelle sur les centrales au charbon est bien peu probable. D’accord avec vous sur l’intérêt d’un couplage avec les projets d’EOR (enhanced oil recovery) comme le projet californien Rio Tinto BP à partir de coke de pétrole:
    http://www.leblogenergie.com/2008/07/californie-un-p.html

  9. Avatar de an391

    « an40, ce sont les règlementations pays par pays et les prix relatifs qui décideront.  »
    Vous voulez dire les prix de la tonne CO2 dans les systèmes de cap and trade ?
    Ces trucs devraient être interdits aussi ! Un système basé sur une simple taxe sur les matières premières hautement préférable, tout comme le pense James Hansen par exemple, il est vraiment urgent de sortir de toutes les porcheries green washing et autre niaiserie de monétisation, et de remettre un eu de raison dans tout cela !

  10. Avatar de Ray
    Ray

    Non je ne pensais pas au Cap & Trade parce que je suis persuadé que de vouloir assoir une politique énergétique de plusieurs décennies sur une cotation de la tonne de CO2 par des spéculateurs qui font la pluie et le beau temps est TOTALEMENT STUPIDE. Par contre on peut imaginer une teneur max en CO2 par GWh, avec un plan pluriannuel objectif, comme dans certains États américains. Les distributeurs de courant achètent pour respecter leurs quotas des quantités de courant décarbonées au mieux-disant. Le marché est alors déplacé entre fournisseurs et distributeurs qui sont deux métiers différents. Ce sont les professionnels qui font alors le choix du mix entre éolien, solaire, géothermie, nucléaire, CCS, gaz naturel à cycle combiné et autres. En ce moment les prix du gaz naturel étant très bas, il est évident que c’est la ressource à privilégier. Ceci explique les ennuis d’EDF aux États-Unis qui est allé investir des milliards de dollars dans la préparation de nouvelles tranches nucléaires dont personne ne veut parce que trop chères, avec des pay-back trop longs.

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