Catégorie : énergie fossile

  • Sasol abandonne son projet de coal-to-liquid en Indonésie pour promouvoir le gaz naturel

    Sasol abandonne son projet de coal-to-liquid en Indonésie pour promouvoir le gaz naturel

     Le Groupe africain du sud Sasol est le leader incontesté mondial des procédés Fischer-Tropsch partant du charbon pour synthétiser des ersatz pétroliers. Il exporte ses technologies et projette de nouvelles réalisations en Chine, en Inde. Il envisageait aussi de réaliser une unité CTL en Indonésie. Mais Sasol vient d'annoncer qu'il abandonnait ce dernier projet faute de fournisseur indonésien prêt à lui fournir la matière première indispensable. Le constat est simple: face à l'augmentation sûrement durable des cours du charbon qui atteignent les 130$ la tonne dans les ports australiens (FIG.) il devient de plus en plus anachronique de vouloir transformer par un procédé très polluant cette ressource recherchée qu'est le charbon en essence ou en gasoil.

    Prix-hebdo-Newcastle

    Sasol tirant les conséquences de cette situation et constatant l'abondance du gaz naturel dans le monde affirme vouloir se relancer dans la voie gas-to liquid dans laquelle il dispose d'une puissante expérience au Qatar. En particulier il envisage de rentrer pour plus d'un milliard de dollars au capital du canadien Talisman avec pour objectif de transformer des gaz de schistes en carburants.

    Prix-BTU

     Voici un exemple concret du switch du charbon vers le gaz naturel, le premier voyant ses cours se valoriser alors que le second va durablement voir son prix déprimé autour des 4 à 5$/MMBTU en Amérique du Nord, en raison de son abondance très probable. Transformer du gaz naturel en carburant de type kérosène ou gasoil va devenir un exercice de plus en plus rentable. Au cours actuel du gasoil à 111$/baril sur le Nymex (140$ à la pompe), ceci représente un prix de 19$ par million de BTU (TAB.), soit 4 fois plus cher que celui du MMBTU issu du gaz. Il y a de quoi payer les investissements et les pertes énergétiques du process GTL.

    Remarque: ce Tableau, aux prix actuels de l'éthanol, montre combien il est financièrement intéressant de produire de l'éthanol à partir du charbon ou de gaz naturel. Cela peut expliquer le désir de Celanese d'aller produire de l'éthanol en Chine, à partir de syngas produit localement (LIRE).

    LIRE l'info sur Bloomberg.

    Le 22 Janvier 2011

  • Le BP Energy Outlook 2030, une projection pertinente sur le moyen-terme énergétique de notre planète

    Le BP Energy Outlook 2030, une projection pertinente sur le moyen-terme énergétique de notre planète

    Il est parfois utile d'avoir les projections d'un professionnel du secteur pour parler de l'avenir d'une activité, plutôt que celles de diverses officines qui vont à souhait complexifier l'équation en introduisant forces innovations sur un avenir à 40 ou 50 ans totalement imprévisible. Dans le domaine de l'énergie la récente publication de BP, Energy Outlook 2030, qui présente la meilleure estimation de ce professionnel du secteur se présente comme un exercice plein d'enseignements. 

    BP 2030_energy  BP 2030_energy-contribution

      1- la consommation énergétique devrait croître en moyenne de 1,7% par an avec une part des pays NON OCDE vigoureuse (+2,6% par an) et une part des pays OCDE estimée à 0,3% par an mais avec, à partir de 2020, une décroissance des consommations d'énergie de -0,2% par an. En d'autres termes la consommation énergétique des pays OCDE, selon BP, va plafonner durant ces deux décennies. Cette prévision est bien supérieure à celle d'Exxon qui ne prévoyait qu'une croissance mondiale de la consommation énergétique de 1,2% par an. L'ensemble des énergies primaires vont participer à cette croissance avec une participation importante du gaz naturel abondant et des énergies renouvelables et autres biocarburants.

    BP 2030_energy_liquids

    2- la consommation des fractions liquides dérivées du pétrole et autres biocarburants devrait s'accroître de 16,5 millions de barils/jour. Tirée par les besoins de la Chine, de l'Asie en général, du Moyen-Orient et des Amériques Sud et Centrale elle devrait atteindre les 102,4 millions de barils/jour (41,5 OCDE et 61 NON OCDE) en 2030 malgré le recul des consommations des pays de l'OCDE de 4 millions de barils/jour (FIG.III). Ces demandes seront satisfaites par une croissance des productions de biocarburants qui représenteront 9% des carburants pour le transport en 2030. Ils passeront de 1,8 million de barils/jour à 6,3 millions en 2030. Les huiles extraites des sables bitumineux participeront modestement au bilan. Le complément sera assuré par les productions traditionnelles du Brésil, de l'ex URSS, de l'Iraq de l'Arabie Saoudite et des condensats issus des extractions de gaz naturel. BP n'invoque aucune limitation géologique des productions par contre l'impact des prix et de l'arrêt des subventions des pays producteurs à la consommation est évoquée. Dans le cas de mise en place de politiques plus restrictives (Policy Case) BP imagine une demande à 97,5 millions de barils/jour à 5 millions au dessous de son hypothèse centrale.

    3- la consommation de gaz naturel va croître à 2,1% par an durant les 20 ans à venir en passant de 300 milliards de pieds-cube en 2010 à plus de 460 milliards en 2030. L'ensemble des zones du monde verront croître leurs consommations de gaz naturel avec bien sûr une longueur d'avance pour les BRICs, Chine en tête qui est encore très en retard pour cette consommation. Le gaz naturel moins polluant va remplacer le charbon dans la génération d'électricité dans les pays de l'OCDE. Les gaz non conventionnels (gaz de schistes et gaz de houille) devraient représenter 57% des volumes produits en Amérique du Nord, mais leur part resterait largement minoritaire en Europe et en Chine.

    4-la production d'électricité devrait croître de 2,6% par an entre 2010 et 2030. Ceci va soutenir la demande globale de charbon, tout particulièrement en Chine et en Inde. Les émissions mondiales de CO2 devraient progresser dans le scénario central vers les 38 milliards de tonnes par an. Dans le scénario plus écolo elles devraient se maintenir à au-dessous des 35 milliards de tonnes.

    La lecture de ce remarquable travail montre la lenteur des évolutions dans le mix énergétique des consommations mondiales. Cependant un certain nombre d'évènements pourraient distordre d'avantage ces prévisions. En premier lieu figurent les prix des ressources énergétiques qui en cas de surchauffe pourraient infléchir vers le bas l'ensemble du scénario. On peut imaginer aussi une plus rapide croissance des volumes de biocarburants si par miracle l'Afrique voulait s'y mettre. Le développement des sables bitumineux, dynamisé par les prix pourrait atteindre le double (4 millions de barils/jour) de l'hypothèse retenue par BP. Il est possible d'imaginer également une Chine exploitant plus activement ses ressources en gaz non conventionnels et réduisant ainsi ses consommations de charbon.

    ACCEDER au résumé de ce travail de BP d'où vous pourrez charger la présentation.

    Le 20 Janvier 2011

  • GE et Shenhua forment une JV pour introduire les centrales IGCC du XXIème siècle en Chine

    GE et Shenhua forment une JV pour introduire les centrales IGCC du XXIème siècle en Chine

     La visite du camarade Hu Jintao à Washington était la bonne occasion pour annoncer la décision de GE et du leader chinois des centrales au charbon, Shenhua, de former une Joint Venture pour implanter les nouvelles centrales au charbon du XXIème siècle en Chine. Pour comprendre l'importance de cette annonce il faut savoir que la technologie IGCC (Integrated Gasification Combined Cycle) largement étudiée par General Electric, est une technologie combinée (turbines à gaz puis à vapeur) alimentée par un gaz riche en hydrogène issu de la gazéification intégrée du charbon (FIG., schéma de Siemens).

        IGCC_Siemens

    Ce procédé permet d'atteindre un rendement énergétique autour des 60% (dont plus de 38% pour la seule turbine à gaz) à comparer aux 40% des meilleurs procédés supercritiques au charbon pulvérisé existants. La raison principale de cette performance énergétique est due aux très hautes températures atteintes dans la chambre de combustion de la turbine. Ce procédé peut, en option, être équipé d'une boucle de captage du CO2 formé lors de la réaction de la vapeur d'eau sur le monoxyde de carbone du syngas. Une partie du charbon (10 à 15%) peut-être remplacé par de la biomasse ce qui constitue une des meilleures options pour convertir de la biomasse en électricité (LIRE un papier précédent sur ce sujet).

     Il y a dans ce procédé une voie importante pour améliorer tout au long du XXIème siècle l'efficacité énergétique de la conversion du charbon en électricité en Chine… et ailleurs. Les émissions de CO2 devraient aussi être divisées par deux par rapport aux 1,2 tonnes/MWh ou plus qui caractérisent les vieilles centrales chinoises existantes, modèle soviétique.

    LIRE le communiqué de GE.

    Le 19 Janvier 2011

  • Les consommations mondiales de pétrole devraient poursuivre leur progression en 2011 et 2012

    Les consommations mondiales de pétrole devraient poursuivre leur progression en 2011 et 2012

     Durant les années précédentes la consommation mondiale de pétrole a marqué le pas puis reculé, sous l'impact tout d'abord de l'augmentation des prix du baril puis de la crise économique mondiale. Après un maximum de 50 millions de barils/jour en 2005-2006 pour l'OCDE et un maximum mondial de 85,3 millions en 2007, la consommation est retombée brutalement à 45,6 millions barils/jour pour l'OCDE et à 84,3 millions pour le monde à fin 2009 (EIA). En 2010 sous l'effet de la robuste croissance des pays NON OCDE et de la reprise économique des pays OCDE la consommation mondiale a progressé de 2,2 millions de barils/jour affirme l'Energy Information Administration (FIG.). L'Agence Internationale de l'Energie plus radicale encore, annonçait au mois de Décembre une croissance en 2010 des consommations mondiales de près de 2,5 millions de barils/jour.

    Conso-mondiale-EIA

     Les consommations mondiales mesurées à la sortie des raffineries et comportant donc les biocarburants mélangés aux produits pétroliers, ont ainsi dépassé le maximum observé en 2007. Corrigés des biocarburants, ces volumes pour les seuls produits pétroliers représentent 84,8 millions de barils/jour à fin 2010, légèrement inférieurs aux 85,2 millions recensés à fin 2007.

     Tenant compte de la croissance économique mondiale en 2011 qui devrait se situer autour des 3,5% (prévision Coface) l'EIA prévoit une poursuite de la croissance des consommations mondiales de 1,5 million de barils/jour. Elle poursuit cette tendance en 2012 avec un incrément de 1,6 million de barils/jour (FIG.). L'IEA va dans le même sens pour 2011, avec une prévision de croissance de 1,3 million de barils/jour.

     Il ressort de ces prévisions qu'aucune des grandes Agences mondiales ne prend en compte une hypothétique limitation géologique des volumes de pétrole extraits dans le monde pour les deux ans à venir. Tout cela signifie que c'est simplement la demande mondiale qui limite les productions.

    Cette demande en produits pétroliers dépend:

    -des conditions économiques mondiales, prévues en forte croissance pour 2011 et 2012,

    -de la taille du parc de véhicules en forte croissance et de leur parcours moyen (Quel est le parcours moyen d'un véhicule à Pékin?),

    -des prix du baril qui se valorisent fortement,

    -des volumes de biocarburants mis en œuvre dans les raffineries (ex. : débuts du E15 aux États-Unis et du E10 en Europe), biodiesel annoncé dans le kérosène,

    -des substitutions du pétrole par d'autres énergies (ex.: il va devenir de plus en plus anachronique et hors de prix de brûler du fuel pour se chauffer),

    -des gains en efficacité énergétique des processus, en particulier dans les transports,

    -des progrès dans la conversion profonde (hydrocracking et isomérisation catalytique) des raffineries qui vont de moins en moins produire d'huiles lourdes au profit des carburants,

     Alors que les postes "économie" et "taille du parc" vont tirer la demande en pétrole vers le haut, les autres postes et tout particulièrement les prix, vont la tirer vers le bas. Pour l'instant, l'IEA à Paris et l'EIA américaine donnent la primeur aux deux premiers postes, mais l'expérience a montré qu'à partir de 4$/gallon à la pompe, les Américains réduisent fortement leurs consommations tout simplement en roulant moins.

    L'évolution prévisible la plus probable à moyen terme est donc une stabilisation des consommations de pétrole dans le monde qui donnera un signal au Marché.

    Sur la base d'un prélèvement annuel maximum autour des 29 milliards de barils par an après déduction des biocarburants et des condensats associés aux gaz naturels, le monde qui a déjà consommé 1205 milliards de barils de pétrole, devrait avoir consommé son deuxième milliard de barils vers 2040. Il aura auparavant commencé à réduire ses consommations sous l'impact des prix et du processus continu de transition du mix énergétique au profit de la biomasse, du gaz et de l'électricité qui ira en s'accélérant.

    VOIR les prévisions de l'EIA du mois de Janvier 2011

    Le 17 Janvier 2011

  • Zone euro: les prix de l’énergie déterminent à nouveau l’inflation

    Zone euro: les prix de l’énergie déterminent à nouveau l’inflation

     Depuis la mi-2008 il est possible de distinguer quatre phases de variation de l'inflation dans la Zone euro (FIG.). Durant le second semestre 2008 (courbe rouge) l'inflation annuelle décroit linéairement avec les prix de l'énergie, puis durant le premier semestre 2009 au sommet de la crise économique, l'ensemble des prix s'effondrent (courbe bleue). La troisième phase, entre mi-2009 et mi-2010, voit repartir les prix de l'énergie avec la reprise économique (courbe verte) enfin la deuxième partie de 2010 marque une période de stagnation (courbe noire) jusqu'à la publication des résultats du mois de Décembre qui amorcent une reprise de l'inflation tirée, entre autres, par les prix de l'énergie.

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    En effet les données d'Eurostat annoncent pour ce dernier mois une variation des prix de l'énergie par rapport à il y a un an de 11% (plus 3 points par rapport à Novembre) et une variation de l'inflation de 2,2% en progression de 0,3 point par rapport à celle de Novembre. On retrouve cette pente d'environ 0,1 point d'inflation par point de variation sur l'énergie.

    Compte tenu des accroissements en cours des prix du pétrole et des tensions mondiales sur le charbon il est possible d'anticiper pour le début de 2011 une progression de cette tendance enregistrée au mois de Décembre.

    Remarque: l'INSEE annonce pour la France une variation des prix des carburants de 15% en un an et de ceux des combustibles liquides (fuel) de 26,5%. Se chauffer au fuel en France, comme ailleurs, va devenir complètement ringard.

    Le 16 Janvier 2011

     

  • Ou en est la Loi de Raymond Barre reliant le prix de l’once d’or à celui du baril?

    Ou en est la Loi de Raymond Barre reliant le prix de l’once d’or à celui du baril?

     Jean-Marc Daniel rappelait dans sa chronique du 14 Janvier sur BFM, la Loi établie par Raymond Barre en 1974 qui établit un rapport de 10 entre le cours de l'once d'or et celui du baril de pétrole. Ce fin économiste avait pressenti dès cette époque le caractère financier des cours du pétrole permettant de se protéger contre les excès d'injections de liquidités monétaires par les Banques Centrales et donc contre l'inflation. Ce caractère financier n'est plus à démontrer de nos jours, il n'y a plus guère que quelques grands esprits de l'INSEE pour croire encore que les cours du pétrole dépendent de l'offre et de la demande physique. Dans ces périodes de fortes variations des cours de l'or mais aussi de ceux du pétrole, il peut paraître intéressant de jeter un oeil sur ce ratio qui avait tant fait rire l'Amérique en 1974.

    Loi de Raymond Barre

     Il faut reconnaître que durant ces dix dernières années le ratio once d'or/baril (FIG., courbe noire en pointillés, échelle de droite) a jusqu'en 2008 très bien respecté la Loi de Barre. Il a fallu la crise économique pour voir les cours du baril s'effondrer en 2009. Depuis la mi-2009, en raison de la forte poussée sur les cours de l'or, ce ratio semble s'être établi autour de 15. Il faudrait que le brut, dans un élan de rattrapage, atteigne les 140 $/baril pour retrouver un ratio de 10…et donne ainsi à nouveau raison à notre intuitif économiste. A suivre!

    Ecouter la chronique de Jean-Marc Daniel du 14/01/2011 sur BFM

    Le 15 Janvier 2011

  • Les gaz de schistes en Europe: un laborieux démarrage qui se fait discret

    Les gaz de schistes en Europe: un laborieux démarrage qui se fait discret

     Rien n’est simple dans la Vieille Europe où les plus beaux projets peuvent disparaître dans les sables mouvants administratifs, où tout ce qui est nouveau est impitoyablement interdit au nom d’un conservatisme écologique obtus ou d’une peur précautionneuse qui prévalent. L’exemple des gaz de schistes risque de devenir un exemple parfait de ce conservatisme ambiant qui méconnaît le monde qui l’entoure.

    Et pourtant le sous-sol de l’Europe doit contenir bien des ressources énergétiques sous forme de gaz et d’hydrocarbures liquides associés au sein des nombreux gisements de schistes qui caractérisent cette partie du monde. Pour les géologues il existerait trois grands types de réservoirs schisteux en Europe dans lesquels le gaz et l’huile issus de la décomposition du kérogène peuvent être hébergés:

    1- le plus ancien datant du Cambrien (au delà de -500 millions d’années) jusqu’au Silurien (-420 millions d’années) va du Danemark à l’Est de la Pologne en passant par le sud de la Suède. Il fait l’objet de prospections poussées, c’est lui en raison de son grand âge qui a le plus de chance de contenir du gaz naturel, dernier produit de décomposition organique.

    2- puis viennent les schistes du Carbonifère (-360 à -300 millions d’années) qui en Europe vont du nord-ouest de l’Angleterre en passant par les Pays-Bas, l’Allemagne jusqu’au sud de la Pologne. Ceux-ci selon la profondeur d’enfouissement peuvent contenir du gaz et des hydrocarbures liquides associés. Ils font l’objet de prospection importante.

    3- les gisements les plus récents qui datent du Jurassique inférieur (-200 millions d’années) ils vont du sud de l’Angleterre, le Bassin Parisien, les Pays-Bas, l’Allemagne et la Suisse. Ce sont généralement des schistes bitumineux mais s’ils sont profondément enfouis ils peuvent avoir atteint la fenêtre de formation du gaz.

    A côté de ces grandes formations cohabitent des gisements régionaux comme celui du Bassin du Languedoc-Provence ou celui du Contrefort Pyrénéen espagnol par exemple.

    Shale-gas-europe

    Combien de gaz récupérable contiennent ces formations en mettant en oeuvre les forages horizontaux et la fracturation des roches (fracking)? Nul ne le sait exactement. Par analogie avec les ressources américaines certains avancent des 550 Tcf (15 mille milliards de m3) dont 200 Tcf estimés pour les seuls Pays-Bas.

    Gaz_schiste_poster2  En ce moment en Europe c’est la ruée vers le gaz de schiste (gas rush) avec de nombreux opérateurs qui forent un peu partout: aux Pays-Bas, en Pologne, en Allemagne, en Angleterre, en Slovaquie, Roumanie, Bulgarie et même en Suisse. En France c’est le Bassin Parisien qui fait l’objet de bien des attentions: il ressemblerait au grand gisement de Bakken des États-Unis. Les gisements du Languedoc attribués en 2010 à divers acteurs devraient être eux aussi faire l’objet de forages exploratoires, mais notre ami Borloo a eu la fabuleuse idée d’inclure une partie du Larzac dans une aire de prospection (Permis de Nant, Carte II, partie verte). Il n’en fallait pas moins pour que le Bové José de « Gardarem lou Larzac » revenant du tribunal après jugement pour arrachage intempestif, se mobilise immédiatement pour stopper tout développement possible. C’est donc mal barré.

     Les nouvelles concernant ces multiples prospections sont peu nombreuses, la prudence impliquant le silence le plus complet. Seule Cuadrilla Ressources, filiale d’un Groupe australien, vient d’annoncer un forage qui serait semble-t-il positif sur le champ de Bowland dans le Lankashire, à côté de Blackpool, au nord-ouest de l’Angleterre. Les Verts du coin, la Paix Verte et les Amis de la Terre et de la Mer réunis se sont immédiatement mis en campagne, comme le reporte The Independent.

     Combien de millions où de milliards vont être gâchés en Europe pour alimenter ces querelles inutiles? Alors qu’il suffirait d’élaborer une spécification européenne commune de bonne conduite imposant des obligations admises et reconnues par tous aux opérateurs ( Respect du site, remise en l’état à la fin du projet, conditions de forage, conditions de fracturation, composition et stockage des liquides, désinfection, obligation de recyclage, respect des nappes phréatiques, etc.). Bien sûr ceci ne sera pas réalisé et l’Europe continuera à importer du gaz russe qui, lui, est exploité dans des conditions écologiques irréprochables…vu qu’aucun Vert n’est jamais venu se plaindre au Kremlin.

    LIRE le papier de The Independant sur le sujet.

    Le 5 Janvier 2010

     

  • Doit-on encore rechercher une martingale rationnelle qui permettrait de prévoir les cours du pétrole

    Doit-on encore rechercher une martingale rationnelle qui permettrait de prévoir les cours du pétrole

     L'existence de nombreux marchés dans le monde où se traitent les cours du pétrole et de ses dérivés rend par nature très complexe une analyse des mécanismes qui agissent sur l'établissement des cours et donc sur les prévisions d'évolutions de ces cours à plus ou moins long terme. Là où l'économie classique parle d'offre et de demande, le tradeur vous parlera se son appât du gain ou de sa peur de perdre, de positions "courtes" ou de positions "longues", de marché à terme en "contango" ou "backwardaté". Ce passage intellectuel d'un marché bien réel des échanges physiques et des stocks au monde bien plus complexe des échanges informatiques de "papiers" dérivés multipliant par cent ou plus les volumes échangés et les milliards de dollars en jeu, fait l'objet de nombreuses études et publications rarement convaincantes. Les services en charge de l'analyse des marchés tels que l'EIA américaine, l'IEA de l'OCDE, les bureaux de l'OPEC et diverses officines privées anglo-saxonnes se trompent parfois lourdement et régulièrement dans leurs travaux, ce qui ne les empêche pas de poursuivre leurs activités en faisant passer leurs erreurs de prévisions, actualisées tous les mois, pour de brusques évolutions des marchés physiques. Les trois leaders ne savent toujours pas qu'elle a été l'ampleur des variations de la consommation mondiale de produits pétroliers et autres biocarburants entre 2009 et 2010. Plus 1,4 millions de barils/jour pour l'OPEC, plus 2 millions pour l'EIA et plus 2,5 millions pour l'IEA à Paris. L'ampleur de cette croissance qui mérite encore d'être précisée et dont les causes restent à analyser, n'était absolument pas prévue en Juillet 2009 par les trois officines qui avaient mis le curseur 1 million de barils/jour plus bas (FIG.). Il faut toutefois signaler que ce mouvement de hausse des consommations de 2 millions de barils/jour amène le prélèvement mondial de pétrole en 2010 au niveau de celui atteint en 2006, compte tenu de la part des biocarburants qui s'est accrue et des rendements de raffinage en carburants qui ont progressé aux dépens des fonds de barils.

    Pronostic-accroissement-conso

     Quels sont les paramètres qui à court et moyen terme sont susceptibles d'agir sur l'humeur du marché américain qui oriente encore tous les autres?

     Pour la demande en produit sa croissance réelle ou apparente semble acquise, hors crise économique imprévue style 2009. Dans une analyse de la demande encore faudrait-il quantifier le rôle de formation de stocks stratégiques sur la demande chinoise par exemple. Les USA possèdent 726 millions de barils de stocks stratégiques. La Chine en partant de presque zéro il y a un ou deux ans est en train de constituer les siens. En supposant que son objectif à moyen-terme (5 ans) soit de détenir la moitié des réserves US, ce sont dans les 200 mille barils/jour en moyenne que la Chine amasse et qui apparaissent comme une consommation.

    Biocarburants  Le rôle des biocarburants est également en débat. Partant d'une consommation mondiale de 1,8 million de barils/jour en 2010 dont 1,5 million pour le seul éthanol (FIG.II), leur rôle va apparaître plus ou moins déterminant selon la croissance de ce marché. Nombreux sont ceux qui pensent que l'arrêt des subventions américaines aux mélanges dans les raffineries et l'augmentation des cours du maïs vont stopper leur croissance dans le monde. C'est oublier la montée des prix de l'essence à la pompe qui ont dépassé en cette fin 2010 les 3 dollars le gallon en moyenne aux USA et qui vont évoluer vers les 4 dollars en 2011. De tels prix laissent un boulevard à l'éthanol non subventionné et rentable. C'est oublier également la forte demande européenne qui est en train de passer au mélange E10, que l'alcool de cane brésilien ou les excédents d'alcool américain se feront un plaisir de satisfaire. La demande en biocarburants suivra l'évolution des prix des carburants. Une croissance des volumes consommés de 10 à 15% par an semble raisonnable. Il faut donc imaginer une part croissante et rentable des biocarburants dans l'approvisionnement en carburants dans le monde. Un marché autour des 4 millions de barils/jour en 2015 ou 2016 ne semble pas utopique.

    Residual fuel oil  Les progrès dans le raffinage qui valorisent les fonds de baril par la conversion profonde vont se poursuivre. Pour mémoire les USA consommaient  3 millions de barils/jour de fractions lourdes (residual fuel oil) à la fin des années 70, puis un million dans les années 90 et enfin un demi-million en 2009 (FIG.III). Cette progression qualitative des consommations va se poursuivre dans le monde avec l'arrêt des centrales au fuel et la diesélisation du transport maritime. Ce mouvement est accompagné par la modernisation du raffinage mondial et la fermeture accélérée des unités les moins rentables en temps de crise.

     Il n'est donc pas certain qu'une croissance globale de la demande en produits pétroliers se traduise à moyen terme par un accroissement réel d'extraction de pétrole brut, les progrès en cours dans l'efficacité du raffinage à produire des carburants et l'utilisation en mélanges de biocarburants limitant la demande. Mais les marchés n'analysent pas forcément les choses à un tel niveau de détail. Seule la croissance globale est prise en compte et elle devrait poursuivre son chemin.

     A plus long terme la demande en carburants dans le monde est appelée à se stabiliser puis à décroître en raison des progrès importants qui seront réalisés dans l'efficacité énergétique des transports. L'hybridation des véhicules particuliers, tirée par Toyota et Honda, va se poursuivre et s'accélérer au fur et à mesure de l'arrivée de nouveaux modèles des constructeurs concurrents en retard. C'est l'offre qui patine en particulier en Europe et aux États-Unis. Pour Honda, 23% de ses véhicules à vendre au Japon en 2011-2012 seront hybrides, Toyota veut présenter à la vente avant 2020 un modèle hybride pour tous ses types de véhicules.

    Batteries-prix  L'arrivée de modèles hybrides rechargeables haut de gamme aux Etats-Unis va créer un phénomène de mode qui entraînera peu à peu le marché mondial, les vieux 4X4 obséquieux rejoindront les Musées des horreurs. Quand au véhicule électrique urbain il devrait s'imposer peu à peu en Asie et en Europe. Bien sûr la Chine et ses trafics embouteillés seront probablement les grands débouchés pour ce type de véhicules. Sa démocratisation viendra à la fois de la baisse des prix du kWh de batterie et de la baisse de l'énergie embarquée grâce aux gains d'efficacité énergétique. La Deutsche Bank partant d'un prix des batteries pour EV de 650$ par kWh en 2010, imagine un prix de 450$ en 2012 et de 250$/kWh en 2020. La batterie de 25 kWh de la Leaf qui coûte 16 mille dollars sera remplacée par des batteries de 12 à 17 kWh qui coûteront dans les 4000 dollars en 2020, soit un coût divisé par quatre à attendre d'ici à 10 ans (FIG.IV).

    Remarque: Toyota envisage de proposer pour 2012 une citadine iQ électrique (autonomie 105 km) équipée d'une batterie de 11 kWh ce qui dans le plan de référence utilisé ici ferait un coût de batterie de 450 x 11 ~ 5000 dollars à cette date.

    Conso_Mondiale_2010-2030  Du côté de l'offre nouvelle qu'il faudra mettre en place devant cette demande incertaine qui pourrait passer par un maximum de plus de 90 millions de barils/jour selon la Deutsche Bank, il faut tout d'abord tenir compte de l'épuisement naturel des puits en cours d'exploitation (FIG. V, courbe bleue). Il est de bon ton d'estimer cette vitesse de déplétion naturelle entre 5% à 7% par an en moyenne. Une consommation de produits pétroliers hors biocarburants autour des 90 millions de barils par jour d'ici à 2030 conduit à estimer le besoin de mise en production de nouvelles ressources sur la période 2011- 2030 de 310 millions de barils (FIG.V). De ce volume nouveau à extraire en fonction de diverses hypothèses de productions pays par pays, il apparaît comme évident qu'il va falloir aller exploiter les sables bitumineux canadiens, ce qui nécessite un cours du brut au-dessus des 100 dollars le baril pour motiver les investissements lourds de mise en exploitation. La composante stratégique, vue des États-Unis qui dépendent pour leurs approvisionnements, en concurrence avec la Chine, du bon vouloir des pays du Moyen-Orient et de l'Afrique, rend encore plus évident le besoin de recourir aux sables bitumineux canadiens.

     A moyen terme le gel de l'exploration et de la mise en exploitation de nouveaux gisements offshore dans le Golfe du Mexique par l'Administration Obama rend encore plus tendue la situation américaine. Une montée des cours à la pompe en 2011 pourrait valoir au Président un peu plus d'impopularité et de renom comme piètre businessman.

    En conclusion l'existence d'une multitude de paramètres objectifs ou non qui peuvent jouer sur le comportement impulsif des opérateurs de marché sur le NYMEX qui détermine les autres marchés dans le monde, rend très périlleuse toute prévision sur les cours. Cependant il semble qu'il y ait depuis près de deux ans plus de paramètres encourageant la recherche du profit sur le pétrole que d'inputs inverses générant la peur de perdre. Le feu vert de l'Arabie Saoudite qui détient une des clés du problème, à une évolution des cours vers les 100 dollars le baril illustre parfaitement ce sentiment des marchés.

     Il est même possible de prévoir dans les décennies à venir une situation où la déplétion des gisements exploités et la gestion patrimoniale prudente des réserves du Moyen-Orient dans un volume global stable ou légèrement décroissant de la demande serait suffisante à expliquer une évolution de l'exploitation pétrolière mondiale vers un schéma économique classique des rendements décroissants. Dans un tel contexte les prix montent au delà des 100 dollars le baril pour assurer la rentabilité des productions marginales lointaines et défavorisées de type offshore profond ou sables bitumineux, alors que ceux qui possèdent de bons gisements (Arabie, Russie) s'en mettent plein les poches.

     Seule une nouvelle crise économique pourrait renverser une telle hypothèse, mais il faut intégrer que les économies de l'OCDE durant la crise précédente de 2009 se sont largement immunisées contre les variations à la hausse des cours du pétrole par une progression irréversible dans l'efficacité énergétique des processus. La prochaine bulle sur les prix des produits pétroliers n'éclatera que pour des cours supérieurs à ceux enregistrés en 2008.

    LIRE l'étude assez exhaustive de la Deutsche Bank sur la question.

    Le 2 Janvier 2011

  • L’alliance Suncor-Total : un nouvel acteur important dans les sables bitumineux canadiens

    L’alliance Suncor-Total : un nouvel acteur important dans les sables bitumineux canadiens

     Une projection sur l'approvisionnement du marché nord-américain en produits pétroliers d'ici une à deux décennies tenant compte de la croissance démographique du sous-continent, des difficultés d'approvisionnement en pétrole en provenance du Moyen-Orient ou de l'Afrique en concurrence avec la Chine et autres pays asiatiques, de la résistance des Politiques à étendre les zones de prospection offshore aux côtes américaines encore inexplorées, de l'accroissement inéluctable des prix soutenus par les rendements décroissants de l'exploration-production et le levier de la spéculation, rend évidente la nécessité de développer les gisements de sables bitumineux de l'Alberta. Cette ressource de très bonne qualité, proche de grandes zones de consommation, reliée par pipe-line aux grands centres de raffinage et de stockage américains, participera pour plusieurs dizaines de pour-cents à l'approvisionnement futur du territoire nord-américain (4 à 6 millions de baril/jour prévus à l'horizon 2025 par le CERI puis le CERA) LIRE.

    Alberta-clipper-pipe

    Le développement de la ressource avec la crise financière et l'effondrement des cours du pétrole en 2008 et 2009 a connu une phase d'arrêt, mais le redémarrage économique et la bonne tenue des cours du pétrole rendent évidente une reprise imminente des projets de développement.

    L'annonce de l'alliance de Suncor et Total dans leurs projets d'exploitation à ciel ouvert des sables bitumineux de l'Athabaska (Fort Hills et Joslyn) et du déploiement d'un nouvel upgrader commun (séparation, fractionnement et désulfuration du pétrole) de 200 mille barils par jour et dont la première tranche de 102 mille baril/jour devrait entrer en production en 2016, constitue un signal important pour cette région.

    Rappelons que Suncor est déjà très impliqué dans les sables bitumineux avec une production estimée pour 2011 de 300 mille barils/jour. Il possède par ailleurs 12% des parts de Syncrude, l'autre grand des sables bitumineux canadiens qui possède également une capacité de production de 300 mille barils/jour.

    Quand à Total il possède par ailleurs 50% du projet Surmont SADG (steam assisted gravity drainage) qui depuis 2007 produit 23 mille barils par jour et dont la production devrait être portée vers les 110 mille baril/jour en 2015.

    Malgré les deux ou trois ans de retard dus à la crise financière et économique, il semble maintenant que les projets de développement des sables bitumineux vont reprendre leur rythme soutenu.

    LIRE le communiqué de Total.

    VOIR également la très intéressante présentation de Suncor sur le développement de sa stratégie dans le domaine.

    Le 17 Décembre 2010

     

  • Le charbon demeure la ressource majeure dans l’avenir énergétique de la Chine

    Le charbon demeure la ressource majeure dans l’avenir énergétique de la Chine

     Un examen des cours du charbon pratiqués à la sortie du port de Newcastle en Australie, benchmark des prix du charbon en Asie, montre que depuis le printemps 2009 où ces cours avaient atteint leur plus bas vers les 60 dollars la tonne, ils ont depuis allègrement dépassé les 100 dollars la tonne pour atteindre les 108$ en début de ce mois. Cette valorisation provient essentiellement de la demande croissante de deux grands consommateurs de charbon en Asie: l'Inde et la Chine. L'Inde possède d'immenses ressources de charbon dans son sous-sol, mais elle ne sait pas l'acheminer dans ses vastes territoires. Des centrales électriques indiennes, situées dans les ports, sont alimentées de ce fait par du charbon australien, sud-africain ou indonésien. Quand à la Chine, sa boulimie énergétique n'est plus à décrire. Tout est bon pour brûler du charbon dans ce pays. Un exemple: la Province de Guizhou vient d'obtenir le feu vert de la part de la puissante National Energy Administration communiste pour planifier la réalisation d'une unité de transformation du type coal-to-liquid (CTL) d'ici à 2015. Cette unité qui produira annuellement 5 millions de tonnes de produits types pétroliers (dans les 100 mille barils par jour) à partir d'un procédé chinois validé sur une unité pilote de 0,16 million de tonnes implantée à Yiatai en Mongolie Intérieure. Pendant ce temps le chinois Shenhua qui voudrait installer une unité de 80 mille barils/jour et équipée de CCS, avec le sud-africain Sasol, attendra son tour…pas assez chinois.

    Charbon-newcastle

     Alors les autorités administratives chinoises prévoient que la consommation de charbon dans leur pays atteindra les 3,8 milliards de tonnes en 2015 pour une estimation à 3,15 milliards en 2009 (EIA). La combustion de ce charbon conduira à des émissions de CO2 de l'ordre de 8 milliards de tonnes (sur la base de 2,1 tonnes de CO2/tonne de charbon). Si l'on ajoute à ces émissions 2 milliards de tonnes venant de la combustion des produits pétroliers (un doublement en 7 ans soit +10% par an) et 0,5 milliard de tonnes provenant de la combustion de gaz naturel, il est possible de pronostiquer pour 2015 des émissions de CO2 chinoises qui dépasseront gaillardement les 10 milliards de tonnes. Ce pronostic est paradoxalement cohérent avec l'engagement chinois de réduire de "40 à 45% les émissions de GHG par Yuan de PIB" (LIRE).

    LIRE un papier sur le projet CTL chinois.

    Le 27 Novembre 2010