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  • Volkswagen et BYD signent un MOU, Mitsubishi Motors revoit à la hausse ses ventes EV grâce à Peugeot

    Volkswagen et BYD signent un MOU, Mitsubishi Motors revoit à la hausse ses ventes EV grâce à Peugeot

                          L'un, allemand, sait concevoir et produire des voitures et voudrait savoir faire des batteries. L'autre, chinois, sait concevoir et produire des batteries et commence à produire des voitures. La complémentarité de BYD et Volkswagen est évidente et appelle à aller plus loin dans une éventuelle collaboration dans le domaine des véhicules hybrides ou électriques utilisant des batteries au Lithium à base de phosphate de Fer lithié (LiFePO4). Alors les deux managers le Dr Martin Winterkorn et Wuang Chuanfu ont signé un MOU permettant aux deux parties d'explorer les possibilités éventuelles de coopération. C'est la politique des petits pas en attendant un éventuel pas-de-deux sino-germanique.

                        Du côté de Mitsubishi Motors, les plans de lancement des modèles électriques (i-MIEV) est revu à la hausse grâce aux accords de fournitures de véhicules électriques à Peugeot. Pour l'exercice fiscal 2011 Mitsubishi double ses prévisions à 20000 véhicules. La filiale de production de batteries Lithium Energy Japan dirigée par GS-Yuasa va de ce fait devoir doubler également les capacités de production de sa nouvelle usine en cours de construction à Kyoto. Un exemple de relance par l'offre et l'innovation, venant du Japon.

    Alliances-batteries-10

    LIRE le communiqué de VW.

    Le 25 Mai 2009

  • Le stockage du CO2 dans les acquifères salins: mécanismes mis en jeu

    Le stockage du CO2 dans les acquifères salins: mécanismes mis en jeu

    Stockage-CO2                     Si vous vous intéressez à la compréhension du captage et de la séquestration du CO2 je vous invite, si ce n'est déjà fait, à regarder une animation de l'IFP très bien faite et très pédagogique sur ce que devient le CO2 après injection dans un aquifère salin, formation géologique remplie d'eau salée et située entre 800 et 3000 mètres de profondeur. Il avait été mentionné ici l'état d'avancement de la séquestration du CO2 de la plateforme gazière de Sleipner en Norvège (LIRE) et le sujet du devenir du CO2 avait été bien imparfaitement évoqué. Cette animation répond clairement aux questions posées

    VOIR l'animation en relation avec l'article de Philippe Delaplace.

    Le 25 Mai 2009.

  • Les tarifs grand public du gaz et de l’électricité dans les capitales européennes illustrent l’absence totale de politique énergétique concertée

    Les tarifs grand public du gaz et de l’électricité dans les capitales européennes illustrent l’absence totale de politique énergétique concertée

                        Les données publiées par la think-tank Vaasa ETT montrent qu'entre le prix grand public de l'électricité à Copenhague dans un Danemark recouvert d'éoliennes et affligé de taxes et celui d'Athènes dans une Grèce équipée de centrales brûlant le lignite local, il existe un tarif de l'électricité variant de 1 à 2,7. La Suède avec des prix très élevés du gaz naturel oriente clairement la consommation vers l''électricité d'origine nucléaire et hydroélectrique et donc peu chargée en CO2. La Grèce, la France et ses centrales nucléaires, avec des rapports de tarifs de l'ordre de deux entre le MWh électrique et celui du MWh thermique du gaz naturel tendent à favoriser l'utilisation d'électricité comme source d'énergie dans les foyers. Par contre le Danemark, la Belgique, le Royaume-Uni, l'Irlande avec des ratios supérieurs à trois tendent à favoriser l'utilisation du gaz naturel. 

                      Les bons prix de l'électricité relevés à Londres doivent beaucoup à la dévaluation de la Livre Sterling par rapport à l'Euro. Ces tarifs fortement impactés par les taxes montrent le caractère incohérent des choix énergétiques au sein des nations composantes de l'Europe.

    Prix_elec_gaz_2009_05  

    Accéder aux données de la think-tank

    Le 25 Mai 2009

  • Coup de gueule du MIT devant l’indolence de la reprise toujours attendue de l’énergie nucléaire américaine

    Coup de gueule du MIT devant l’indolence de la reprise toujours attendue de l’énergie nucléaire américaine

                    Le Massachusetts Institute of Technology avait publié une étude en 2003 intitulée Study on the Future of Nuclear Power, avançant avec vigueur la nécessité de relancer un vaste programme électronucléaire mondial pour installer d'ici à 2050 un total 1000 GW de puissance électrique nucléaire dont 300 GW aux Etats-Unis. C'était pour le MIT une nécessité pour se doter d'une technologie permettant de lutter efficacement contre la menace climatique. Il préconisait en particulier à l'Administration américaine de sélectionner un petit nombre de nouveaux projets prototypes et d'aider au lancement de leur réalisation industrielle pour démontrer au public, aux leaders politiques et aux investisseurs l'attrait des performances techniques, de la maîtrise des coûts et de l'acceptabilité environnementale de ces nouvelles technologies. En 2009 le MIT vient de publier une analyse actualisant cette étude et faisant le point sur l'avancement des actions. Le constat du MIT est sans appel: après 5 ans aucune centrale électronucléaire n'est en construction aux Etats-Unis et les progrès accomplis dans le traitement des déchets sont insuffisants. Cette situation appelle "un avertissement solennel, si rien de plus qu'aujourd'hui n'est fait dans le domaine c'est la possibilité de recours à la contribution technique du nucléaire dans les problèmes de changement climatique qui, le moment venu, sera amoindrie" conclut le rapport.

    MIT_Nuclear_2009 

                  Le MIT relève tout d'abord parmi les principaux obstacles à ce redémarrage du nucléaire aux Etats-Unis la dérive des coûts d'investissements qu'il estime à 15% par an dans le chiffrage des projets. Il attire en particulier l'impact de la couverture contre les aléas industriels de cette industrie de prototypes. Il mentionne en particulier l'effet désastreux de l'amateurisme et de la dérive des coûts dans le programme du premier EPR en Finlande. Le chiffrage comparatif entre nucléaire, charbon et gaz naturel illustre parfaitement cette faiblesse d'une industrie non maîtrisée (TAB.I). L'industrie nucléaire doit passer du prototype à l'industrie de série parfaitement sous contrôle. Le MIT chiffre l'écart de coût du à ce "risk premium" à 18$ par MWhe ce qui est pratiquement la différence de prix avec le MWhe nucléaire et celui provenant du charbon ou du gaz.

                Le MIT critique également le caractère infondé du rejet par l'Administration fédérale et de certains Etats de leurs Renewable Portfolio Standards (RPS) la filière nucléaire et le captage et la séquestration du CO2 (CCS). Avec ironie il fait remarquer qu'à terme on demandera à aider financièrement ces technologies rejetées pour qu'elles puissent prendre le relai des choix inefficaces ("poorly crafted policy") que constituent les énergies renouvelables, dans la réduction des émissions de CO2.

              Enfin le MIT est très critique vis à vis des décisions dans un sens (Bush) puis dans l'autre (Obama) concernant le stockage des déchets nucléaires dans la Yucca Mountain.

             Pour le MIT il est clair et il le confirme qu'il y a assez d'Uranium dans le monde pour construire 1000 tranches nucléaires d'un GW dans les 50 ans à venir.

    On LIRA avec intérêt ce pavé dans la mare qui de toute évidence vise le Président Obama et son Administration qui n'ont pas démontré jusqu'à présent avoir défini une politique énergétique américaine très cohérente. Avoir le MIT sur le dos n'est pas politiquement très bon, même si le Secrétaire à l'Energie a obtenu un Prix Nobel.

                Nous, en Europe, sommes beaucoup plus clairs: nous n'avons AUCUNE politique énergétique, personne ne peut donc la critiquer!

    Le 24 Mai 2009

  • Quatrième cours d’économie énergétique: il faut prendre en compte la démographie, mais en analysant bien les phénomènes

    Quatrième cours d’économie énergétique: il faut prendre en compte la démographie, mais en analysant bien les phénomènes

                    Après avoir précisé certains ordres de grandeurs, banni une utilisation abusive des puissances installées, envisagé certaines hypothèses d'évolution des prix des produits énergétiques, il semble utile de regarder l'impact d'une donnée de base de l'équation qui déterminera la future consommation d'énergie dans le monde: la démographie et son évolution quantitative et qualitative. Il a été déjà souligné ici combien était erronée la démarche d'un Exxon Mobil et de bien d'autres officines qui, prenant en compte les prévisions de croissance de la population mondiale d'ici à 2030, en déduisent une croissance inéluctable de la consommation de pétrole. Ces analyses à la serpe qui ont une apparente évidence, ne valent pas en fait grand-chose, car elles oublient de dire qu'en même temps la population des pays les plus riches de la planète va croître lentement et surtout vieillir (LIRE cette étude).

    FIG.I : le parc automobile japonais va fortement décroître dans les décennies à venir en raison de la baisse de la population active.

    Japon_parc_auto_1950_2050 

                   Pour illustrer cette régression numérique de certains pays les plus riches il est intéressant d'examiner le cas du Japon qui est le pays le plus en avance démographiquement et sûrement un des plus avancés dans le phénomène mondial, appelé par certains  "la deuxième transition démographique" et qui voit les comportements des nouvelles générations chambouler complètement la donne sociologique, politique et économique dont le témoignage le plus éclatant a été la récente et brillante élection du Président Obama.

                    Un sondage conduit l'an dernier pour le Nihon Keisai Shimbun auprès de 1700 jeunes japonais âgés de 20 à 30 ans avait révélé que 25% seulement d'entre eux désiraient posséder une voiture, ils étaient 48% en 2000. Le désintérêt des jeunes générations pour la bagnole est profond et son évolution a été très rapide. Ce n'est pas la crise qui délie le consommateur de l'obligation d'acheter ou de renouveler sa voiture mais l'inverse, c'est le désintérêt du consommateur pour son véhicule qui engendre la crise économique. C'est la conjonction d'une crise financière mondiale et d'un chamboulement profond des comportements économiques des nouvelles générations, plus sensibles aux menaces écologiques, plus attachées à leur bien-être, moins bling-bling dirait-on familièrement, qui est la cause du marasme économique actuel. L'offre de produits ne correspond plus a une demande qui a trop rapidement évolué. Il y a dans ce hors-jeu marketing et commercial une raison profonde de la crise actuelle. L'industrie de la voiture est la vitrine exemplaire de ce phénomène, le désamour du consommateur pour les marques, au profit de produits plus bruts, moins sophistiqués, supposés plus naturels, en est une autre illustration.

                      Les démographes des Nations Unies nous indiquent que la population nippone est passée par un maximum à 127 millions d'habitants autour de 2005 et qu'elle va régresser vers les 120 millions en 2025 et les 100 millions autour de 2050 (FIG.II). Mais de façon encore plus nette, la population active des 15-64 ans a déjà connu son maximum en 1995 à 87 millions d'habitants, elle est à 82 millions cette année et elle descendra à 70 millions un peu après 2025. La population active va baisser plus vite que la population globale en raison du vieillissement.

    FIG.II : la population du Japon est passée par un maximum en 2005 et va décroître. La population active, en raison du vieillissement, a connu ce maximum dés 1995 et connait une forte décroissance.

    Japon_1950_2050

                     Pour mesurer la propension à consommer du véhicule à moteur des Japonais il est intéressant de rapporter la taille du parc automobile publié chaque année par la JAMA (Japan Automobile Manufacturers Association) au nombre de personnes actives. La courbe obtenue depuis 1990 et en faisant une hypothèse raisonnable de baisse du parc auto en 2008 de 124 mille véhicules à 57,5 millions d'unités, montre que ce ratio tend à se stabiliser aux environs de 0,7 voiture par personne active. Un tel ratio dans une Société fondamentalement urbaine, dont la possession d'une voiture est fortement taxée, qui le plus souvent nécessite de justifier d'un garage, société endettée par des emprunts immobiliers à très longue échéance, ne possédant au mieux que d'une voiture par foyer est tout à fait justifié.

    FIG.III : le nombre de voitures constituant le parc automobile japonais divisé par la population active se stabilise aux environs de 0,7.

    Japon_voiture_par_personne_active

                   En supposant que ce ratio va peu varier dans les années à venir, tiré vers le bas par l'arrivée des nouvelles générations et tiré vers le haut par les nouvelles offres marketing de voitures hybrides ou électriques de types "Smart and Green", il est possible d'évaluer une évolution moyenne du parc automobile japonais dans les décennies à venir. Ce parc auto proportionnel à la population active va donc régresser rapidement (FIG.I).

                    Il est donc possible de pronostiquer que les consommations de pétrole du Japon qui est de l'ordre de 4,8 millions de barils/jour, supérieur à celui de la France et de l'Allemagne réunies, va aller en décroissant. La baisse des consommations de pétrole du Japon qui a été de 700 mille barils par jour pour la décennie 1997 et 2007 devrait être encore plus forte pour la décennie 2008- 2018 en raison de la baisse de la taille du parc et des progrés d'efficacité énergétique des véhicules. Un pronostic d'une baisse comprise entre 1,2 et 1,4 million de barils/jour en dix ans (25% à 30%) semble raisonnable.

                   Cet exemple du Japon qui sera suivi par de nombreux autres pays développés comme l'Allemagne, le plus proche démographiquement de la situation japonaise, incite à penser que ces phénomènes de vieillissement de la population, se traduisant par à une baisse de la population active et une contraction du parc automobile, vont entraîner des baisses importantes de consommation de pétrole dans les pays les plus avancés. L'arrivée de nouvelles générations moins tentées par le prestige de posséder un beau et grand véhicule couvert de chromes, relayées par les constructeurs qui proposeront des modèles minimalistes en taille et en consommation va accentuer ce phénomène de retrait.

                   Il faut donc prévoir, malgré la hausse de la population mondiale, une stagnation des consommations mondiales de pétroles dans les dix à quinze ans à venir. Cela ne signifie pas que les cours vont stagner, l'industrie pétrolière devra poursuivre sa lutte sur les gisements exploités ou découverts contre les phénomènes de déplétion qui sont 4 fois plus importants que les croissances de demandes observées ces dernières années.

    LIRE les cours précédents: premier, second, troisième.

    LIRE un article intéressant du WSJ sur le comportement des nouvelles générations japonaises.

    LIRE le scénario de stabilisation de la consommation de pétrole dans les 15 ans à venir

    Le 23 Mai 2009

  • La réunion de Copenhague comblera-t-elle les grandes lacunes du protocole de Kyoto?

    La réunion de Copenhague comblera-t-elle les grandes lacunes du protocole de Kyoto?

     Kyoto-protocol                                                        Le protocole de Kyoto ratifié en 1997 par 37 pays industrialisés, qui a pris effet à partir de 2005 et qui prendra fin au 31 Décembre 2012, quels que soient ses mérites dans la prise de conscience mondiale de la menace climatique, a pâti de plusieurs handicaps. Le premier et le plus important a été la non ratification par certains grands pays dont les Etats-Unis. Depuis ce sont 183 pays qui l'ont ratifié. La réunion de Copenhague au mois de Décembre, avec le ralliement attendu des Etats-Unis, devrait acter le ralliement de la quasi unanimité des Nations. Douze ans pour convaincre!

                       Mais il existe d'autres lacunes qui devront être abordées. Parmi les plus importantes il faut noter d'une part la non prise en compte des réalisations de centrales nucléaires dans les mécanismes de réduction des émissions de CO2 que sont le Clean Development Mechanism (CDM) et le Joint Implementation (JI); d'autre part, les procédés de captage et de stockage du CO2 n'avaient pas été retenus comme dignes d'intérêt à l'époque.

                       Ces sujets vont être abordés à la réunion préparatoire de Bonn au mois de Juin. La prise en compte de ces technologies indispensables pour assurer une réelle décroissance des émissions mondiales de CO2 dans les décennies à venir, sera le critère principal qui permettra de juger du réalisme des négociations. Un paragraphe particulier devra être également consacré aux mécanismes de transferts de technologies des pays industrialisés vers les pays en développement, autre clé majeure pour l'avancement des actions de réduction des émissions de CO2 chinoises ou indiennes.

                       Pour ce qui concerne l'énergie nucléaire, Yvo de Boer, Secrétaire Exécutif  aux Nations Unies de l'UNFCCC  a préparé pour la réunion de Bonn quatre options:

    1. les projets nucléaires doivent être définitivement bannis des mécanismes CDM et JI,
    2. les projets nucléaires ne seront pas retenus pour ce nouveau cycle qui démarrera en 2013,
    3. les projets nucléaires seront retenus pour ce nouveau cycle mais sans garantie ultérieure,
    4. les projets nucléaires seront définitivement éligibles dans les CDM et JI.

    Le 22 Mai 2009.

  • Etats-Unis : les émissions de CO2 sont estimées à 5,8 milliards de tonnes en 2008

    Etats-Unis : les émissions de CO2 sont estimées à 5,8 milliards de tonnes en 2008

                   L'Energy Information Administration (EIA) estime que les émissions de CO2 américaines, en raison de la baisse de consommation de pétrole, ont régressé, en 2008, de 165 millions de tonnes pour atteindre 5,8 milliards de tonnes. C'est la consommation de pétrole et de produits pétroliers qui, avec une baisse de 6% des émissions, représentant une économie de 155 millions de tonnes de CO2, explique l'essentiel de ce score. Les émissions dues à la combustion du charbon baissent de 23 millions de tonnes et celles dues à la combustion de gaz s'accroissent de 13 millions de tonnes. Dans la répartition des émissions de CO2  (FIG.I) la part du pétrole à 42% décroit de 1,4 point de pourcent par rapport à 2007.

    Emissions-CO2-USA-estimé-2008 

                   La consommation d'énergie électrique du poste transport étant négligeable, il est possible de représenter ces émissions de CO2 par grandes applications (FIG.II). On peut constater que la part des émissions de CO2 due à la génération d'énergie électrique est la plus importante (41%) suivie de la contribution des transports (33%). Le travail de réduction des émissions est bien lancé dans le domaine des transports routiers et la rationalisation des lignes aériennes aux Etats-Unis. Mais le gros poste de la génération d'électricité reste à entamer. Cette partie du travail reposera sur la taxation du CO2 émis par les centrales à charbon qui fera, peu à peu, switcher les centrales du charbon vers le gaz, le nucléaire n'ayant pas, pour l'instant, l'attention favorable du Président Obama.

    Emissions-CO2-USA-applications-2008 

    LIRE le papier de l'EIA

    Le 21 Mai 2009

  • Troisième cours d’écologie énergétique: quels seraient les justes prix de l’énergie?

    Troisième cours d’écologie énergétique: quels seraient les justes prix de l’énergie?

                               Durant ce troisième cours d'écologie énergétique, après avoir examiné le thème "Ne pas se gourer d'ordre de grandeur" et qui vous l'avez-vu, grâce à notre ami Mamouth, n'a pas encore été totalement assimilé par l'entourage de notre bien aimé Président, après avoir souligné le côté pervers de ne parler que de "puissances installées" sans préciser les heures de fonctionnement des installations, sport très pratiqué dans le secteur éolien, il semble important d'aborder l'équation épineuse du prix de l'énergie ou plus exactement des prix de l'énergie et de se poser la question de ce que seraient de justes prix. Mais ne paniquez pas, seuls quelques éléments de pistes de réflexion seront proposés, c'est une question bien trop ardue pour naïvement penser lui trouver réponse définitive.

    FIG.I : prix du MWh thermique de diverses formes d'énergie, sur la base des cours de Marchés au 20/05/2009

    Energie-prix-2009-05 

                             Le paramètre du premier ordre pour établir un cours de l'énergie est la forme sous laquelle se présente la source primaire ou un de ses dérivés communs immédiats (exemple : l'essence dérivé commun du pétrole). En effet jouissent d'une très forte prime les formes liquides comme le pétrole, l'essence, le kérosène, le gasoil, l'éthanol, les biodiesel ou autre produits chimiques organique liquides à température et pression normales. Il est en effet simple de les transporter par pipe-line, pétrolier, train ou camion citerne, il est aisé de les stocker dans des réservoirs, des cuves ou des tankers, il est très facile de les distribuer au grand public au travers de stations services, il est facile de les emporter dans les réservoirs d'un avion, d'un bateau, d'un camion, d'une voiture ou d'un deux-roues. Un avion moderne qui consomme 4 litres de kérosène par 100 passager*kilomètres brûlera en quelques heures 60 mille litres de carburant pour emporter 250 passagers à 6000 kilomètres de distance. Une voiture emporte dans un réservoir de 50 litres de gasoil l'équivalent de 540 kWh d'énergie thermique. Remarquable énergie spécifique de 10 kWh thermique au litre.

                        Les sources d'énergie liquides qui représentaient 34% des ressources mondiales consommées en 2007 sont le premier poste de consommation d'énergie par nature. Les transports constituent le domaine privilégié d'utilisation de ces ressources. Les divers pétroles sont cotés sur des Bourses d'échanges comme le NYMEX à New York où s'échange le WTI ou bien l'ICE à Londres ou est coté le Brent ou le marché de Dubaï et bien d'autres. C'est le cours du WTI qui est  la référence mondiale, bien que, parfois, les échanges soient perturbés par la saturation des moyens de stockage à Cushing, Oklahoma, lieu où s'échangent physiquement le WTI. Malgré la vigilance de l'OPEP, cartel du pétrole qui essaie de réguler l'offre, malgré la surveillance de plus en plus attentive de l'autorité américaine de surveillance des marchés la Commodity Future Trading Commission (CFTC) le marché du pétrole américain est un haut lieu de la spéculation, où l'offre et la demande physique de pétrole n'ont que bien peu de pouvoir face à l'offre et la demande de papiers adossés aux cours du pétrole. Ce marché des "futures" est complètement manipulé par les hedgers et les grandes institutions financières. Les prix scandaleux du mois de Juillet 2008 en sont le témoignage, mais plus récemment encore, la remontée des cours de 35$ à 61$ le baril de WTI entre la mi-février et le 20 Mai dans un climat déprimé de la demande et une montée spéculative incessante des stocks de brut, est la preuve évidente que tout le monde se moque du marché réel du pétrole, mais que les "futures" sont devenus des instruments de couverture contre la faiblesse du dollar. Depuis le mois d'Avril la corrélation entre euro en dollar et prix du baril est hautement significative (FIG.II).

    FIG.II: Le baril de WTI est poussé par la faiblesse du dollar, le marché des futures permettant de se couvrir vis à vis de la baisse de cette monnaie, elle même alimentée par les largesses financières de l'Administration Obama

    Cours-USA-récents-2009-05 

                     Le marché de l'essence plus étroit profite également des restrictions de production que s'imposent les raffineurs américains, discutées lors de parcours de golf de leurs dirigeants. Depuis le mois de Décembre dernier le cours de l'essence sur le Nymex est passé de 33 $ à 75$ le baril dans un marché à la demande déprimée. Le marché du gasoil, beaucoup plus international, dominé par le marché européen est moins spéculatif ce qui fait que le gasoil plus dense et plus énergétique que l'essence est décoté par rapport à cette dernière (FIG.I). Le MWh thermique de gasoil revient donc à 38 dollars, alors que celui d'essence représente 49 dollars sur le Nymex. 

                     Les biocarburants qui font partie de ces ressources d'énergies sous forme liquide jouissent d'un statut régulé supplémentaire: leur utilisation est rendue obligatoire par les lois qui définissent les teneurs des mélanges de carburants et de biocarburants. En contrepartie leur production est le plus souvent subventionnée. Leurs prix de revient sont étroitement dépendants du prix de la ressource agricole de base (maïs, canne à sucre, huile végétale) dont la production nécessite de très grandes surfaces agricoles en raison des très faibles rendements de conversion en énergie de ces cultures. Il a été montré par exemple lors du cours précédent que l'éthanol ne contient qu'un à deux pour mille de l'énergie solaire moyenne reçue par le champ de maïs d'ou il provient. Dans le cas de l'huile de palme en Malaisie, les nouveaux plants permettent de produire jusqu'à 9800 litres par hectare et par an, ce qui représente un bilan énergétique 1,06 W/m2 soit de 3 pour mille de l'irradiance moyenne du soleil (FIG.III). Cette contrainte de culture associée au fait qu'il faut justement rémunérer le paysan et maintenir la rentabilité des raffineries conduit à des prix énergétiques de 80 à 90 $ par MWh pour l'éthanol et le biodiesel (FIG.I).

    FIG.III: production d'énergie des biocarburants par m2 de surface cultivée, exprimée en puissance moyenne annuelle,  comparée à la puissance moyenne annuelle d'une ferme photovoltaïque avec deux rendements de conversion et à l'irradiance moyenne solaire

    Puissance-annuelle-comparée

                    Les cours des ressources énergétiques sous forme liquide ressortent donc aujourd'hui entre 38 et 90 dollars le MWh. Mais les cours du pétrole ne pourront pas stagner autour de 60$/baril sous peine de stopper de larges pans de développement de la ressource. Il faut donc imaginer un cours du pétrole décent autour de 90 à 100 dollars le baril et des carburants, essence, kérosène et gasoil compris entre 100 et 120 dollars le baril. Avec un cours de 120 $/baril le prix de l'énergie serait portée à 70$/MWh pour le gasoil et 79$/MWh pour l'essence. Les gains de productivité attendus sur les biocarburants liquides  ferait donc converger les cours des carburants liquides vers une fourchette de 70 à 80 dollars par MWh. Ces prix permettraient à la fois de maintenir un effort continu de prospection pétrolière, une recherche de prix d'équilibre des biocarburants non subventionnés et la poursuite des gains d'efficacité énergétique dans le domaine des transports, gains potentiels qui sont considérables.

                     Les autres ressources énergétiques qui se présentent sous forme solide (lignite, charbon, cokes, bois) ou gazeuses (gaz naturel, propane, butane, DME, hydrogène) subissent une forte décote par rapport aux carburants liquides. Les raisons de cette décote résident essentiellement dans les difficultés de mise en oeuvre qui limitent leur utilisation et dans leur abondance. Les mines de charbon américaines à ciel ouvert où la présence d'une main d'oeuvre à bon marché comme en Chine permettent d'atteindre des prix de revient très bas qui se traduisent dans les cours. La manutention de combustibles solides est très peu aisée et nécessite des aménagements ferroviaires et portuaires onéreux. Les gisements de gaz naturel sont largement répartis dans toutes les régions du monde, libres ou associés au pétrole, aux schistes bitumineux ou aux gisements de charbon. L'hégémonie gazière de la Russie en Europe tombera avec la création de terminaux de réception de gaz naturel liquéfié qui proviendra du Qatar, d'Iran, d'Australie ou d'Afrique de l'Ouest. Ressources abondantes et formes difficiles à employer justifient des cours allant de 6 à 11 dollars par MWh pour le charbon et autour de 14 dollars par MWh pour le gaz naturel coté aux Etats-Unis (FIG.I).

                     Ces très faibles prix des ressources énergétiques solides expliquent l'engouement des producteurs d'électricité pour cette ressource. 48% de l'électricité américaine provenaient de centrales au charbon en 2008; 64% de l'électricité allemande et 97% du courant polonais étaient originaires en Janvier-Février de cette année de centrales thermiques à flamme dont une très grande part sont alimentées par du charbon ou du lignite.

                     La lutte mondiale contre le réchauffement climatique imposera de taxer  à 100% les émissions de CO2 issues de cette combustion. Le système européen alimentant largement les électriciens en droits d'émissions gratuits relève pour l'instant de la plaisanterie. Dans l'hypothèse de la mise en place d'un système de cap and trade en cours de discussion parlementaire, plus pénalisant pour le charbon aux Etats-Unis, on verrait alors les prix de l'électricité produite au charbon perdre de leur attrait, au profit des productions par des centrales modernes, alimentées au gaz naturel (FIG. IV).

    FIG.IV: éléments du prix de revient de l'énergie électrique avec un rendement des centrales au charbon de 35% et celles des centrales au gaz de 55%

    Energie-prix-électrique-2009-05

                     Ce retournement de la production vers le gaz naturel n'acquerra une certaine stabilité que s'il s'accompagne d'une remontée des cours du gaz vers la zone traditionnelle de 7 à 8 dollars /MMBTU, au lieu des 4$ actuels, pour supporter les efforts de mise en exploitations des immenses réserves américaines. Pour rendre ce phénomène possible il faudra encore majorer les prix de la tonne de CO2 pour tendre vers les 50$ la tonne qui disqualifierait l'utilisation du charbon dans la génération d'électricité sans dispositif de captage et de stockage du CO2.

                      Dans le cadre de cette politique de réorientation des procédés industriels vers des conditions environnementales plus acceptables, par une politique de taxe des émissions de CO2, il apparaît clairement que de confier cette mission à un marché de cotation des droits d'émissions de carbone est une immense ânerie. L'échec de la tentative européenne aurait du inciter les américains à plus de perspicacité, mais l'ouverture d'un nouveau marché des émissions de CO2 américaines dans lequel la spéculation va venir faire son lit est une trop belle opportunité pour cette économie fondamentalement minée par la financiarisation.

                     Un gaz naturel à 7$/MMBTU et la tonne de CO2 à 50$ conduirait le coût matière de l'électricité vers les 62$ le MWh. Compte tenu des amortissements et des marges de cette industrie on arriverait à un prix situé entre 80 et 90$ le MWh ce qui conduirait approximativement à la parité entre les prix des carburants liquides et ceux de l'électricité, avec bien sûr, des modulations par zones géographiques.

    LIRE lepremier cours.

    LIRE le second.

    Le 21 Mai 2009

  • Le président Obama devrait annoncer le nouvel objectif de consommation moyenne des futures voitures américaines

    Le président Obama devrait annoncer le nouvel objectif de consommation moyenne des futures voitures américaines

                       Tempête dans un verre d'essence aux Etats-Unis, le Président Obama devrait annoncer que les autonomies moyennes par constructeur de voitures (CAFE ou Corporate Average Fuel Economy) devraient être supérieures à 35,5 miles par gallon à partir de 2016. Cet objectif permet de faire avancer de quatre ans celui très relax défini par l'Administration précédente et s'aligne sur les chiffres de la Californie.

                      Malgré cette avancée louable qui correspond à une émission moyenne de 154 g de CO2/km par véhicule à essence°, le nouvel objectif américain est encore en retrait par rapport à la législation japonaise et la législation européenne (FIG.). La norme japonaise à 16 km/litre à partir de 2015 est équivalente à 39,5 miles/gallon et  138 g de CO2/km. L'objectif européen à 130 g de CO2/km à partir de 2015 correspond à 42 miles par gallon d'autonomie avec un véhicule à essence, soit 20% au dessus de l'objectif américain.

    Autonomie-normes-nationales 

                 ° Remarque: pour convertir aisément les miles/gallon américains en km/litre japonais et en g de CO2/km européens reportez-vous à la table de conversion précieuse éditée précédemment. L'intérêt essentiel des grammes de CO2 par km réside dans le fait que c'est une masse qui est donc indépendante de la masse volumique du carburant utilisé.

    Le 19 Mai 2009

  • Sanyo, malgré un produit photovoltaïque techniquement au top, a du mal à bâtir une politique commerciale agressive

    Sanyo, malgré un produit photovoltaïque techniquement au top, a du mal à bâtir une politique commerciale agressive

                         C'est dans le comportement génétique de cette Compagnie, que ce soit dans le domaine des batteries ou celui des cellules solaires, elle se doit de présenter le meilleur produit du marché. Alors le Président Seiichiro Sano, au cours d'une conférence de presse présentant les résultats 2008 de sa Compagnie a annoncé que Sanyo savait produire, en laboratoire, une cellule solaire en technologie HIT (heterojunction with intrinsic thin layer couplant Si cristallin et Si amorphe) présentant un taux de conversion de 23%. Cela signifie que Sanyo sera capable, à quelques encablures d'ici, de proposer des modules solaires capables de générer dans les 200 watts/m2 de puissance crête ou 275W dans la format HDE1 de Sanyo (Voir la notice du produit standard de 230W). La montée en performance est sûrement une voie pour imposer ce produit haut de gamme dans des emplacements de surfaces limitées (toits, véhicules) ou pour des applications cherchant la performance et pour lesquelles le prix est un paramètre de second ordre.

    Sanyo-HIT-85microns 

                        Sanyo ne fait donc pas la course au volume à tout prix, mais il envisagerait pour réduire ses coûts d'intégrer une partie des productions de ses wafers (20% en 2011) dans son usine de l'Orégon. Il envisage d'accroître ses volumes vendus de 20% cette année essentiellement sur le marché japonais qui va profiter de nouvelles subventions gouvernementales.

                       Pour les produits de masse en couches minces, plus bas de gamme, Sanyo s'est associé avec Nippon Oil pour créer une filiale commune, Eneos, dont le plan d'investissement reste à définir mais qui devrait atteindre 2GW de capacité de production vers 2020. Le management de Sanyo maintient en effet sa vision d'un marché mondial de 40 GW à l'horizon 2020 dont il détiendrait 10% de part de marché, la moitié dans le Silicium cristallin très haut de gamme et l'autre moitié en technologie couche mince. Mais cette stratégie risque de se heurter de front avec celles de concurrents chinois, taïwanais ou américains, beaucoup plus agressifs en prix et qui risquent de la mettre à mal, en particulier dans le segment bas de gamme et gros volumes.

    Le 18 Mai 2009.