Blog

  • La production de biocarburants s’est accrue de 30% dans le monde en 2008

    La production de biocarburants s’est accrue de 30% dans le monde en 2008

                                Les biocarburants font généralement l'objet de plaidoyers à charge depuis de nombreuses années, au travers d'articles bien souvent peu documentés ou manipulant des chiffres vieux de 7 à 8 ans, d'une grande outrance. Un article tout récent publié dans le Wall Street Journal illustre parfaitement  cette chasse aux sorcières systématique, écrit sans peser le pour et le contre, juste pour bêtement essayer de démolir. Les cultures et l'élaboration de ces produits sont accablées de tous les maux: elles polluent, consomment de l'eau, affament le monde, déboisent les forêts, dégagent du CO2, consomment plus d'énergie qu'elles n'en produisent, etc. A vous dégoûter d'être paysan dont on ne voit pas très bien pourquoi cet homme sage aurait, pris de folie, subitement décidé de détruire le monde. Heureusement quelques articles de nature scientifique qui ont été reportés ici,  tendent à rétablir un peu la vérité en introduisant des nuances dans l'évaluation des mérites et démérites de ces cultures et transformations. Malgré les cris et la fureur les productions de biocarburants se sont accrues en 2008 d'environ 30% par rapport à celles de l'année précédente pour atteindre dans les 20,8 milliards de gallons soit un volume de 1,35 millions de barils/jour qui sont à rapprocher d'une consommation mondiale globale de pétrole, de gaz comprimés liquéfiés et de biocarburants de 85,5 millions de barils/jour en 2008.

    Productions-2008 


                              La partie la plus importante des biocarburants est la production de fuel éthanol qui s'est accrue de 32% pour atteindre 17,3 milliards de gallons en 2008, venant de 13,1 milliards en 2007. Ce volume de 2008 représente 1,13 millions de barils/jour. Du point de vue des croissances ce sont les Etats-Unis qui se sont le plus développés avec 38% d'augmentation de volumes d'éthanol de maïs, passant ainsi largement devant le Brésil (FIG.). Ce résultat a été enregistré malgré une forte spéculation à la hausse sur les matières premières jusqu'au mois d'Août 2008 et les dépôts de bilan (VeraSun) ou les difficultés de trésorerie (Pacific Ethanol), conséquences des mouvements de prix à la baisse sur le maïs et sur l'essence qui ont suivi. Le Brésil qui exploite la canne à sucre, a vu lui même ses productions progresser de 29%. Les productions européennes à base de jus de betterave et de blé, ont également progressé dans les mêmes proportions.

    Productions-2002-2008

                            Les productions de biodiesel se sont accrues pour leur part de 23% environ en 2008 pour atteindre 3,5 milliards de gallons. Le développement de ces productions à l'avenir est cependant remis en cause par des politiques restrictives européennes portant sur la provenance des huiles végétales utilisées et sur l'introduction de barrières douanières en Europe pour éviter l'entrée de produits américains subventionnés. Ces allers-retours du Parlement et de la Commission, fortement critiquée sur ses objectifs concernant les biocarburants, ne sont que l'illustration de l'incompétence de ces organisations face aux problèmes énergétiques en Europe. Il manque à l'Europe une Direction de l'Energie qui élaborerait et proposerait une politique énergétique européenne aux instances politiques.

    LIRE le dernier article anti bioéthanol publié dans le WSJ.

    LIRE mesures anti-dumping de la Commission

    LIRE retour sur énergie de l'alcool de maïs (une étude importante) ou encore LIRE

    LIRE besoins d'irrigation du maïs selon les Etats

    Le 21 Avril 2009.

  • Fujifilm présente un nouveau film transparent conducteur pour les applications photovoltaïques et autres écrans et éclairages d’avenir

    Fujifilm présente un nouveau film transparent conducteur pour les applications photovoltaïques et autres écrans et éclairages d’avenir

                            Les revêtements transparents conducteurs des modules photovoltaïques, des divers écrans plasmas ou à cristaux liquides ou des futures LED organiques émettrices (OLED) sont rendus conducteurs par des revêtements transparents d'oxydes d'Indium et d'Etain (ITO). Fujifilm vient de présenter des films à base de PET (polyéthylène téréphtalate) rendus conducteurs par un fin réseau d'argent appliqué au film plastique. Ce nouveau produit qui sera largement échantillonné à partir de  la fin de l'été, présente deux avantages majeurs par rapport aux solutions ITO. Il est tout d'abord très flexible et même pliable, mais il peut surtout conduire à des films très conducteurs et conservant leur transparence. Une telle propriété est fondamentale pour réaliser de grands panneaux éclairants par exemple. Ces produits présentent typiquement une transmittance de 80%  qui est celle des produits industriels actuels, mais qui peut être portée jusqu'à 89% dans certains cas.

                             Fujifilm argumente également sur le faible coût de la technologie qui peut utiliser un mode de production en continu par transfert par rouleaux. Sur le papier, ce produit apparaît donc comme un réel concurrent aux solutions à base d'oxydes dopés conducteurs. La suite nous le dira.

    Fujifilm-conducteur-transparent 

    LIRE un papier sur les OLED.

    Le 20 Avril 2009

  • Photovoltaïque mondial: l’Europe publie, le Japon dépose des brevets

    Photovoltaïque mondial: l’Europe publie, le Japon dépose des brevets

                       L'opposition entre la tradition scientifique éthérée européenne et le sévère réalisme technologique japonais est confirmée par les statistiques japonaises portant sur les dépôts de brevets entre 2000 et 2006 et les publications dans les ouvrages scientifiques, entre 2000 et 2007, dans le domaine des technologies du photovoltaïque. Sur un total de 7970 brevets déposés, durant les 7 années considérées, le Japon en a déposé plus de 68%, l'Europe 15% et les USA 11%. Par contre sur les 1700 publications scientifiques recensées sur 8 ans, plus de la moitié ont été publiées par des laboratoires européens (FIG.). Ces chiffres illustrent la continuité de la démarche scientifique au Japon, où le Brevet portant sur un produit ou un procédé innovant est l'objectif de bien des chercheurs qui rejoindront ainsi la puissante industrie japonaise après quelques années de laboratoire. Inversement, en Europe, le chercheur plus ou moins isolé va publier le plus rapidement possible ses résultats scientifiques, pour acter son travail et le valoriser auprès de ses pairs et de la hiérarchie qui l'évaluent. L'exemple français est schématique: pour faire carrière il faut publier et de toute façon, les rares industries qui survivent ne recrutent généralement pas leurs cadres dans les laboratoires. La publication peut également servir de visa pour rejoindre un prestigieux laboratoire américain.

    Brevets-2000-2006 

    Le 20 Avril 2009

  • Faut-il systématiquement choisir les nouveaux termes techniques français aux racines éloignées du mot anglo-saxon?

    Faut-il systématiquement choisir les nouveaux termes techniques français aux racines éloignées du mot anglo-saxon?

    Greves_Total_UK                                  Les Français cultivés sont des êtres parfois bizarres qui ont généralement tendance à vouloir remettre en cause les termes scientifiques que d'autres ont inventé. Besoin d'appropriation du concept, volonté de masquer l'origine étrangère de l'innovation ou tout simplement incompétence d'un lettré devant de la sordide technologie. C'est ainsi que le terme "cellular phone" inventé dans le nord de l'Europe et la Grande-Bretagne et adopté en Amérique du Nord qui traduit bien l'existence d'un maillage du territoire permettant d'émettre et de recevoir des signaux, est devenu un vulgaire "téléphone portable" et finalement un "Portable", lui qui aurait du être un "Cellulaire". Heureusement nos cousins Québécois ont gardé le terme générique de téléphone cellulaire et peuvent ainsi passer facilement la barrière des deux langues.

                                  Que dire de la traduction de "sustainable" par "durable"!!! Le professeur pourtant évoque la nécessité d'un effort soutenu pour obtenir de meilleures notes en classe. Il parle bien d'un effort régulier…durable à fournir par l'élève! Est soutenable ce que l'on peut porter, accompagner, supporter. C'est exactement ce que veut dire le terme anglais, mais on a décidé de ne pas adopter "soutenable" pour donner la préférence à ce sordide "durable". Est insoutenable ce qui demande trop d'effort, de patience, de moyens. Va-t-il falloir créer l'adjectif  "indurable". Mon Portable est "indurable" dira le jeune étudiant écolo en colère!

                                 La langue anglaise avec sa souplesse créatrice a inventé "biofuel", "bioethanol", "biodiesel", "biooil",  formidable langue qui vous permet de traduire en un mot simple  un produit ou une famille de produits, élaboré par un nouveau procédé. Qui nous interdirait de les utiliser pour être compris de tous…même des anglo-saxons. Alors mettons à la poubelle les "agricarburants", les "agrigazoles" qui nous irritent les fosses "nazales". Insupportable "Z" de gazole… je n'utiliserai que "gasoil" que tout le monde comprend. Et que vivent les biocarburants!

                                Enfin levons notre chapeau à la serre anglo-saxonne, au doux nom de greenhouse, qui a permis de créer le terme de "greenhouse gas" que nous sommes obligés de traduire par l'interminable  "gaz à effet de serre" et qui se résume bien souvent en un incompréhensible "GES". Mais là personne n'a trouvé comment qualifier de façon simple cette famille de gaz qui absorbent les rayonnements dans l'infrarouge.

    Le 19 avril 2009

  • Du gaz au liquide par la méthode japonaise: un exemple de management de projet sur plus d’une décennie

    Du gaz au liquide par la méthode japonaise: un exemple de management de projet sur plus d’une décennie

                          Les personnalités éminentes en charge de la rénovation de la recherche et de l'innovation en France sont tous à la recherche de modèles d'organisations et de méthodologies qui permettraient de sortir notre pays de sa somnolence intellectuelle et de son indolence créatrice. Bien sûr il y a l'exemple japonais mais qui est généralement rejeté parce que "trop éloigné de notre culture"! Comme s'il y avait plusieurs méthodes pour élaborer un bon cahier des charges, pour imaginer les solutions, étudier et valider leur faisabilité, réaliser des pilotes ou des maquettes et pour passer en phase d'industrialisation. Dans les faits il n'y a qu'une méthode, utilisée par ceux qui réussissent, japonais ou monégasques, elle repose sur la bonne formulation des problèmes, de la persévérance dans l'action, du travail en équipe et d'une planification réaliste.

                          Je voudrais prendre ici un exemple qui peut sembler trivial puisque déjà largement traité par des industriels prestigieux somme Sasol, Shell, Exxon Mobil, Conoco-Phillips et BP. Cet exemple mené à bien par l'Industrie japonaise est le suivant: comment transformer du gaz naturel sorti du puits de forage en produits pétroliers (carburants) de la façon la plus simple et donc la plus économique possible?

    Japan-syngas-FT-plant 

    Le cahier des charges:

                          En 1998 la Japan National Oil Corporation est partie d'un problème pratique simple: comment réaliser un "syngas" mélange de base des réactions de Fischer-Tropsch (FT) à partir de gaz naturels riches en CO2 qui sont largement disponibles en Indonésie par exemple. Pour valoriser ces gaz il ne faut pas éliminer le CO2, utiliser l'oxygène qu'il contient et se dispenser donc de produire de l'oxygène et à y être ne pas être obligé de rajouter d'hydrogène pour obtenir un syngas de composition exacte CO + 2H2 qui permettra lors de la synthèse FT de créer les chaines aliphatiques -CH2-CH2-CH2- avec formation d'une molécule d'eau pour chaque maille élémentaire  -CH2- formée. Le cahier des charges est donc clairement défini dès 1998:

    Développer un procédé GTL utilisant des gaz naturels riches en CO2  1) sans éliminer le CO2, 2) sans ajout d'oxygène, 3) sans ajout d'hydrogène, avec formation directe de syngas, puis réaction de Fischer Tropsch suivie d'une étape d'hydrocracking qui conduira au mélange de produits désirés (FIG.II).

    Japan-syngas-FT-flow 

                       La théorie montrant que la combinaison de deux réactions l'une de réduction du CO2, forme la plus oxydée du carbone, par du CH4, forme la plus réduite, en monoxyde de carbone et hydrogène (FIG.III, réaction a) et l'autre qui est la réaction classique de réduction de l'eau par le CH4 (FIG.III, réaction b) peuvent conduire avec les catalyseurs qui vont bien et sous faible pression, au mélange de monoxyde de carbone et d'hydrogène dans les proportions voulues, à savoir 2 moles d'hydrogène pour une mole de CO.

    Japan-syngas-FT-reaction 

    Cette réaction demande au moins 25% de CO2 dans le gaz naturel utilisé, dans les faits l'optimum, avec un léger excès de CO2, est aux environs de 30%.

    L'organisation japonaise:

                        Les Japonais ont créé un pool d'entreprises intéressées par ce projet constitué de Japan Petroleum Exploration, Chiyoda (pour les catalyseurs), Cosmo Oil, Nippon Steel et Inpex côté entreprises privées ainsi que du JOGMEC (Japan Oil Gas and Metal National Corporation) côté  organisation d'Etat qui a pris en compte le pilotage du projet. Chaque grande étape du projet a été réalisée soit de façon concertée, soit avec l'un ou l'autre des membres du pool en fonction de ses compétences. Inpex a étudié les possibilités de développement de certains champs gaziers, Chiyoda a formulé et optimisé les catalyseurs, Japex a réalisé certains essais, etc. Chacun à amené son expertise dans un domaine de compétence.

    Les grandes étapes du déroulement du projet:

                     Les études de faisabilité, outre les études économiques, ont beaucoup porté sur la mise au point des catalyseurs de production de syngas et sur leur validation sur un réacteur pilote jusqu'en 2004.

                     A partir de 2005 une usine de démonstration a été mise en étude et lancée en réalisation (FIG.I) Elle vient d'être inaugurée en grandes pompes à Niigata. Cette unité est capable de produire 500 barils par jour de produits pétroliers. Elle peut utiliser des gaz naturels comprenant entre 20% et 40% de CO2. C'est avec elle que le consortium va pouvoir valider des solutions industrielles.

                       Le prochain objectif est de réaliser une grande unité industrielle de 30 mille barils par jour à proximité d'un gisement de gaz riche en CO2. Mais pour cela ce seront les industriels du pool qui prendront la main.

                      Cet exemple qui mériterait d'être approfondi, montre comment à partir d'un concept réputé largement étudié, en partant de données du terrain (certains gaz naturels sont riches en CO2) une équipe d'industriels rassemblés autour d'un organisme ad'hoc peuvent remettre en cause les données établies et conduire à un procédé beaucoup plus épuré que ses prédecesseurs. Nul doute que le procédé GTL japonais va intéresser de nombreux propriétaires de gisements de gaz riches en CO2. 

                      Et pourtant, Messieurs les députés Bataille & Birraux les Japonais n'ont pas dans leur sol de gisements de cette sorte. Mais ils ont des idées et leur zone d'action c'est le monde entier!

                      Remarque pour nos deux députés en recherche de compréhension de la science: mélanger du CO2 et de l'eau, même dans un four solaire des Sandia Labs, n'a jamais conduit à un mélange CO + H2, il est nécessaire de rajouter autre chose, plutôt réducteur. Vous en avez un exemple ici!

    Le 19 Avril 2009

  • La baisse de l’euro repousse à plus tard le rallye américain sur les cours du pétrole

    La baisse de l’euro repousse à plus tard le rallye américain sur les cours du pétrole

                            Les dissensions au sein des Muppets Show de la Banque Centrale Européenne qui hésitent à baisser ou non les taux en dessous de 1%, qui se chamaillent pour savoir s'ils vont acheter des fonds d'Etats, qui découvrent que leur mouvement de réduction lente des taux crée un réflexe d'attente de la prochaine baisse de la part des Banques, tirent les cours de l'euro vers le bas. De  1,36 dollar aux environs du 20 Mars, le voila à 1,30 dollar en fin de semaine. Certains anticipent un euro à 1,20 dollar dans les semaines à venir. Ce mouvement a désamorcé la spéculation de couverture sur le pétrole WTI qui s'était mise en route le mois précédent. De ce fait, les cours ont suivi la baisse du dollar (FIG.I) et restent nettement en dessous de la barre des 40 euros le baril.

    WTI-euro-2009-04

                          Un indice de ce mouvement de repli de la spéculation sur le WTI est la reprise du leadership par le BRENT à Londres dont les cours sont repassés de 3$ au dessus de ceux du WTI (FIG., courbe violette). Londres est plus guidé par les fondamentaux, alors que le marché américain est beaucoup plus marqué par la spéculation. En ce moment pour suivre les cours du pétrole c'est le Brent qu'il faut regarder.

    Cours-BRENT-WTI-2009-04 

    Le 18 Avril 2009.

  • Faut-il capturer, stocker ou valoriser le CO2? Un rapport parlementaire prend position

    Faut-il capturer, stocker ou valoriser le CO2? Un rapport parlementaire prend position

    Assemblée-Nationale                           La France dans le domaine de l'énergie a connu un binôme de génie, célèbre auprès de toutes et de tous, je veux parler de Chaffotaux & Maury dont la mémoire hante nos cuisines ou nos salles de bain. Maintenant il faut que notre Nation se familiarise avec un nouveau binôme parlementaire, attelage hors du commun d'un Socialiste et d'un UMP, Christian Bataille et Claude Birraux respectivement rapporteur et président de l'OPECST (Office Parlementaire d'Evaluation des Choix Scientifiques et Technologiques). MM Bataille & Birraux se sont attaqués à une tâche gigantesque et c'est tout à leur honneur, qui consiste à faire le point sur tous les travaux dans le domaine de l'énergie en France, de les comparer à ce qui se fait à l'étranger et d'en déduire des recommandations d'orientations des politiques, d'ordre parlementaire ou administratif concernant ces travaux. Leurs études se traduisent par des propositions sur les aides financières, les textes législatifs ou règlementaires, les choix d'organisations et d'actions des équipes reportant à des organismes relevant de l'Etat, comme les Laboratoires universitaires, le CNRS ou le CEA. Vaste programme!

                          Parmi les mille et un sujets traités les Députés abordent, dans une partie du rapport daté du 3 Mars 2009, celui du stockage et de la séquestration du CO2 avec un très fort a priori d'hostilité à ces projets.

                        Leur approche de Députés est bien sûr nationale. La France ne génère que très peu de CO2 avec son parc électronucléaire elle ne doit donc pas aider les recherches sur le CCS qui ne peut qu'encourager à brûler plus de charbon, telle est en substance la conclusion des auteurs. Par contre leur réflexion les conduit, par analogie lointaine avec les problèmes posés par les déchets radioactifs, à préconiser une recherche chimique de valorisation du CO2, ce qui vous l'avouerez est un peu en contradiction avec la première partie de la proposition.

                       Ce qui apparaît de plus étonnant dans leur approche logique, c'est qu'à aucun moment leur regard ne se soit porté au niveau de l'Europe. Ils auraient alors découvert que cet ensemble politique dont la France fait partie intégrante, émet annuellement des milliards de tonnes de CO2 et que cela pose  problème. Ils auraient alors étudié le cas des entreprises qui travaillent dans le CCS, comme Alstom ou Total, comme des entreprises européennes et, j'en suis persuadé, auraient modulé leur message. Lorsque Alstom va moderniser la centrale de Belchatow en Pologne, une des centrales les plus polluantes d'Europe, et propose à la Direction de cette Unité de travailler à moyen terme sur le CCS avec Dow Chemical peut-on appeler cela de "l'exportation" terme utilisé par les auteurs?

                  Pour ma part, en tant que contribuable lambda, je suis tout à fait favorable à ce que mon pays aide les industries françaises à être plus performantes dans le traitement des rejets de CO2, même si l'essentiel de leurs actions doit par la suite se dérouler ailleurs qu'en France. Ce sentiment pourtant de bon sens, ne semble pas être partagé par ces parlementaires.

                     En fait il faudrait que Bataille et Birraux revoient simplement la partie de leur exposé sur ce sujet en structurant l'approche de façon fonctionnelle: la capture du CO2 puis le stockage et enfin la valorisation éventuelle.

    1) – La capture du CO2

                   Allons messieurs B&B que vous vouliez stocker ou valoriser ce CO2 il faut bien le capter et l'isoler! C'est une fonction incontournable quel que soit votre choix ultérieur. Pensez-vous, par ailleurs, qu'à partir de 2020 Alstom pourra vendre la moindre centrale dans le monde, qu'elle soit au charbon ou au gaz, si elle n'est pas équipée d'une unité de capture de CO2? Ne pas accompagner cette mutation technologique c'est condamner une entreprise qui, vous le savez M Birraux, est très chère à notre bien-aimé Président et à un certain nombre de personnes qui y travaillent. Enfin parmi les contre-vérités inévitables que contient votre rapport on peut lire à propos de l'encouragement au progrès technique: "Le contenu technologique du dispositif de captage et de stockage du gaz carbonique est limité, puisqu'il repose en partie déjà sur des procédés bien maîtrisés"! Etes-vous bien sérieux en écrivant de telles âneries? Le DOE estime que la technologie sera maîtrisée en 2020! Le procédé d'Alstom à l'ammoniac n'en est qu'à ses balbutiements préindustriels, de nouveaux solvants du CO2 restent à définir et à valider en tenant compte de l'optimisation énergétique et de leur stabilité chimique. Vous avouez avec une grande naïveté que lors de votre voyage au Japon: " Ce qui était frappant dans les échanges sur le sujet avec nos interlocuteur japonais, c'est qu'ils étaient plus diserts sur le captage que sur le stockage. Tout se passait pour eux comme si le stockage n'était pas une question à l'ordre du jour." Effectivement Mitsubishi Heavy Industries est un leader mondial du captage du CO2, mis au point dans ses unités de production d'urée, et il vendra ses centrales thermiques à flamme avec la fonction capture, quand à la séquestration ce sera le problème local de son client et des géologues. La capture du CO2 est la part la plus délicate et la plus chère. Celui qui la maîtrisera à moindre coût, sera incontournable comme acteur au sein du procédé global.

    2) – La séquestration

                       C'est sûrement, aujourd'hui, le moyen le moins cher pour se débarrasser du CO2 une fois qu'on l'a produit et isolé. On pourra l'utiliser pour extraire plus de pétrole et de gaz des gisements (Enhanced Oil Recovery ou EOR), on pourra l'enfouir dans diverses formations géologiques ou le faire réagir de façon irréversibles sur des roches alcalines ultramafiques (olivine, serpentine). Les premiers essais d'enfouissement en vraie grandeur sur plusieurs années, comme à Sleipner dans une nappe acquifère, semblent bien se passer. Je ne vois pas ce que vient faire dans le débat l'accident du lac Nyos au Cameroun qui est évoqué, sinon par une certaine volonté de filer la pétoche au lecteur. Je pense que le vrai danger vient d'ailleurs, de la Chine par exemple dont les auteurs ne parlent pas dans leur rapport et dont les émissions de CO2 sont largement supérieures à celles du Cameroun.

    3) La valorisation:

                      Le CO2 est malheureusement la forme oxydée la plus stable du Carbone et vouloir le réduire coûtera très cher. Certains proposent d'aller jusqu'au méthanol ou au DME, mais il faut 6 électrons ou 3 molécules d'hydrogène pour y arriver (TAB.). Il faut avoir de l'hydrogène en trop. La chimie du CO2 peut amuser beaucoup de laboratoires, mais il n'est pas certain que ce soit un axe à prioriser de nos jours.Reduction-CO2 

                  Il est certain que quel que soit le chemin choisi pour éliminer le CO2, le coût du GWh produit à partir de charbon sera plus cher: "…le DOE estime qu'en l'état de l'art, le prix de de l'électricité produite à partir de charbon serait doublé. … le financement de la recherche puis de l'implantation des systèmes de captage et stockage aura un effet de restriction du pouvoir d'achat freinant la demande." Tiens, c'était l'opinion du Président Bush et de son Vice-president Cheney! Comme quoi les poncifs ont la vie dure.

                   Mais, Messieurs les Parlementaires studieux,  ne faut-il pas inscrire ce mouvement dans un renchérissement global des diverses formes d'énergies qui sera largement compensé par la réduction des gaspillages, surtout sur le territoire américain évoqué ici? La donne d'une énergie peu chère ne sera plus de mode, alors l'économie en gaspillera moins. Le gisement du gaspillage de l'énergie est immense.

                  Remarque sur les droits d'émissions de CO2: les auteurs émettent une prévision qui semble de bon sens sur l'évolution des cours du CO2 dans le futur. Moins l'industrie produira de CO2 et moins elle aura à acheter de droits d'émissions. Donc les cours du CO2 doivent structurellement baisser. Oui bien sûr, mais dans plusieurs siècles. Entre temps ce système débile de cotation, largement ouvert à la spéculation, aura été abandonné au profit d'un système à prix fixe ou encadré. Quel que soit le système, émettre du CO2 devra avoir un coût et le plus probable est que ce coût ira en croissant dans les décennies à venir.

    LIRE le rapport parlementaire du 3 Mars 2009.

    LIRE une approche du marché mondial du CCS

    Le 18 Avril 2009.

  • La production industrielle en Europe s’est un peu plus contractée au mois de Février

    La production industrielle en Europe s’est un peu plus contractée au mois de Février

                              Eurostat nous informe que la baisse de la production industrielle en Zone Euro par rapport au même mois de 2008 qui était de 16% au mois de Janvier, est passée à -18,4% au mois de Février. Cette poursuite de la chute des productions industrielles est générale à tous les grands pays européens (FIG.). Ce sont les biens d'investissements (-25%), les biens de consommation durables (-24%) et les biens intermédiaires (-22%) qui tirent vers le bas les indices, contrairement aux biens de consommations non durables (-6%) et à l'énergie (-4%) dont les chutes sur un an sont limitées.

                           La chute des industries allemandes depuis le mois d'Août (courbe noire) est particulièrement significative de la tendance observée. Il faut espérer que les mesures de relances dans l'industrie automobile seront de nature à stopper la chute de l'indice allemand et de l'indice italien aux mois de Mars ou Avril.

    Production-industrielle-2009-02 

    LIRE le communiqué d'Eurostat sur le sujet.

    Le 17 Avril 2009

  • Un avenir pour les Trains à Grande Vitesse: l’immense réseau « high-speed rail » nord américain

    Un avenir pour les Trains à Grande Vitesse: l’immense réseau « high-speed rail » nord américain

                          L'Administration Obama vient de présenter sa "Vision for High-Speed Rail in America" qui a présélectionné un certain nombre de liaisons comme étant potentiellement éligibles à des subventions de l'Etat Fédéral ou à des coopérations avec ce dernier. Ces lignes de 200 à 600 miles relient de grandes agglomérations américaines sur lesquels circuleront des trains pouvant dépasser les 150 miles à l'heure. La carte publiée par le Department of Transportation illustre l'ampleur de la tâche à accomplir.

                        Le Gouvernement américain dispose de 8 milliards de dollars faisant partie de l'American Recovery and Reinvestment Act et propose une enveloppe budgétaire d'un milliard de dollars pendant cinq ans. Ce sont donc, au total, 13 milliards que l'Administration Obama est prête à dépenser pour subventionner des projets de lignes ferroviaires à grande vitesse sur le sol américain, durant les cinq ans à venir. La priorité va être donnée à des projets dont les études sont déjà avancées, afin que les décisions soient prises dès le mois d'Octobre de cette année.

    USA-high-speed-rail 

    LIRE le papier du DOT sur ce sujet.

    Le 17 Avril 2009

  • Pour un stockage décentralisé de l’énergie électrique: Toyota avance une solution possible

    Pour un stockage décentralisé de l’énergie électrique: Toyota avance une solution possible

                           La nécessité de savoir stocker et mobiliser à la demande de l'énergie électrique dans le monde se fait de plus en plus pressante. En effet les exigences croissantes sur la qualité et la fiabilité du courant délivré par les opérateurs sont incompatibles avec le caractère aléatoire des nouvelles sources d'énergie renouvelables de types éolien ou photovoltaïque. De plus l'impérieuse nécessité de réduire les appels de puissance en pointe (peack shaving, load leveling ou écrêtage) est une contrainte nécessaire pour réduire les coûts de cette énergie et pour minimiser les émissions de CO2 associées au fonctionnement intermittent de centrales thermiques d'appoint utilisant soit du charbon, soit du fuel lourd, soit du gaz naturel dans le meilleur des cas.

    Saft-Solion 

                     A ce jour, un mode de stockage domine tous les autres: c'est le pompage hydraulique gravitaire qui consiste à remonter de l'eau par pompage dans des retenues d'altitude en heures creuses pour ensuite la libérer en heure de pointe. Ce dernier  a consommé 46 TWh en Europe en 2007, soit 1,5% de la production nette d'énergie électrique. Avec un rendement de l'ordre de 70% on peut donc considérer que ce sont quelques 32 TWh d'énergie qui ont été recyclés ainsi, pour répondre aux demandes de pointes de puissance des réseaux européens.

                   Mais cette énergie de pointe rapportée aux 160 millions de foyers européens correspond annuellement à une énergie de (32 x 10P9) : (160 x 10P6) = 200 kWh/foyer. Autrement dit, la puissance de pointe apportée par le pompage en Europe correspond à une faible énergie de moins d'un kWh par jour et par foyer!

    Remarque: cette énergie de pompage est encore plus faible aux Etats-Unis où la consommation annuelle de pompage a atteint 6,3 TWh en 2008, soit 7 fois moins qu'en Europe.

                     Le corollaire de cette observation est le suivant: un stockage d'énergie électrique décentralisé au niveau de l'immeuble ou de la maison assurerait un apport précieux de puissance au réseau durant les moments les plus critiques de la journée. A une approche centralisée jacobine d'un problème s'oppose toujours une approche décentralisée girondine! On doit apprendre cela à l'ENA!

                     Pour essayer d'aller plus loin dans l'approche du problème il faut sérieusement intégrer l'arrivée des modules solaires photovoltaïques à faibles prix qui deviendront très attractifs et sponsorisés par la puissance publique ou par les opérateurs qui devront satisfaire des quotas d'énergie renouvelable dans leur mix énergétique. Il faut également intégrer que dans le garage se trouvera au moins un véhicule électrique qui se rechargera la nuit mais qui parfois nécessitera une charge au moins partielle dans la journée.

                    On arrive ainsi au projet SOLION de SAFT et l'allemand Conergy dont nous avions rapporté l'annonce du lancement au mois d'Août 2008 (FIG.I). Ce projet européen qui va se dérouler jusqu'en 2011 a pour objet de démontrer qu'un ensemble module photovoltaïque, batterie Lithium-Ion et onduleur raccordé au réseau, peut parfaitement s'intégrer dans une maison individuelle pour assurer des fournitures d'énergie électrique au moment les plus critiques pour le réseau et donc les plus économiques pour le propriétaire du système.

                    On sait également que SHARP a pris une participation dans le constructeur de batteries japonais Eliiy et qu'il devrait présenter dans les mois qui viennent des systèmes de ce type associant module solaire et batterie.

                    Mais c'est TOYOTA qui vient de créer la surprise en annonçant pour 2011 la sortie d'un Home Energy Management System (FIG.II) qui alimenté par des modules photovoltaïques ou en heure creuse, assurerait la gestion des besoins en énergie de la maison (éclairage, air conditionné, etc.) et qui grâce à une batterie de type Li-Ion de 5 kWh participerait à la fourniture de puissance en heure de pointe. Toyota annonce qu'il va tester son HEMS au travers de sa filiale Toyota Housing.

    Toyota-Home-Energy-Management-System

                   Nul doute que l'électrification annoncée des besoins en énergie dans le monde et la possibilité de décentraliser une partie de la production d'électricité grâce au photovoltaïque raccordé au réseau, va conduire à des solutions technologiques innovantes dans la gestion des pics de puissance et le stockage décentralisé de l'énergie électrique. Les industriels européens devraient essayer d'accélérer leur développement et verrouiller la propriété industrielle de leurs idées, s'ils ne veulent pas une fois de plus se faire larguer par les industriels nippons, sur un marché à forte teneur en innovations.

    Remarque: au niveau d'un immeuble ou d'un lotissement un système de plus forte puissance pourrait être imaginé à l'aide de batteries de type Sodium-Soufre installé dans un local dédié et relié à une ou plusieurs unités de modules photovoltaïques.

    LIRE l'annonce du projet SOLION par la SAFT.

    LIRE le papier sur les batteries Sodium-Soufre.

    Le 16 Avril 2009.