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  • C’était hier…

    C’était hier…

    ImagesC’était hier, et si proche de nous, comme cette carte fanée.
    EDF annonce que la production d’énergie pourrait décliner avant 2040, rompant un tabou. Autre signe, celui de la santé chancelante des compagnies pétrolières.
    On heurte le consensus, le pic oil était probablement en 2006, les compagnies pétrolières ne valent donc plus grand chose. Vérité qu’elles voulaient cacher.
    Avoir de belles performances passées, c’est bien, mais l’avenir, c’est mieux. Et les compagnies pétrolières n’en font pas partie. Ou si peu. Leur monde vient de mourir.

    Pour les chercheurs d’ EDF, seule solution : la sobriété. Les plus très jeunes se souviennent qu’il y a plus de trente ans, la compagnie nationale d’électricité avait fait face à une autre crise : le non doublement de la consommation en 10 ans.
    Aujourd’hui, marche arrière. Pas le choix. On va se serrer la ceinture. Eviter l’inutile, pour se consacrer à l’essentiel. Et toujours les mêmes bêtises sur "l’OECONOMIE", qui va s’en ressentir. On n’est pas forcément malheureux de ne pas consommer ses 3.5 tonnes de TEP/an.
    Quand aux énergies qui devront compenser la baisse du pétrole, leur surexploitation ne les épuisera que trop vite. Alors 2040 ? Peut être. Mais plus certainement, un pic "toute énergie" en 2020, un pic gazier en 2012, un pic pétrole en 2006, et un pic de l’uranium déjà antédiluvien. Nicolas Sarkozy sera content. Quand l’EPR sera prêt, on aura peut être quelques tonnes pour le faire fonctionner.

  • BP annonce des productions en baisse au T3

    BP annonce des productions en baisse au T3

             Whistler1943    

                 BP vient de publier ses résultats opérationnels et financiers du troisième trimestre. Ils sont globalement très décevants, avec une baisse des résultats de près de 3 milliards de dollars par rapport au T2.

                 Les volumes de production de "liquides" sont en baisse de 6,4% par rapport à ceux du trimestre précédent à 2292 kbl/j avec une baisse des productions journalières de 157 kbl. Les productions en UK et aux USA sont en particulier en fort retrait ( -67 et -57 kbl/j respectivement). Les volumes de productions de gaz sont stables à 1359 kbl/j et ne rattrapent donc pas une partie des pertes réalisées sur les liquides.

               Le raffinage ne s’est pas rétabli en volume (2148 kbl/j) en raison de désinvestissements, et les marges de raffinage  se sont écroulées en passant de 16 $/bl à 8 $/bl.

             Toutes ces données opérationnelles montrent un groupe qui perd inexorablement des parts de marché, sûrement en raison d’une politique d’investissements en exploration et production timorée, durant les années précédentes.

              Cela pose le problème global de l’évolution de l’industrie pétrolière indépendante qui devra reprendre, tôt ou tard, le chemin des fusions acquisitions. BP devrait être un des premiers concernés.

  • Donner un prix, en croissance régulière, au carbone.

    Donner un prix, en croissance régulière, au carbone.

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    Dans un article paru dans Les Echos du 17 Octobre intitulé  « Réchauffement climatique : donner un prix au problème »,  Sir Nicholas Stern et Nicolas Hulot envisagent la stimulation du marché des économies d’énergies par la mise en place de taxes et de permis d’émissions sur le CO2. Je les cite : «Le consensus est total chez les économistes sur la nécessité de donner un prix progressivement croissant à toutes les émissions à l’origine du changement climatique….. Afin de limiter l’impact de la charge nouvelle que provoquerait une fiscalité sur le carbone, on peut imaginer qu’elle soit compensée par une baisse de la fiscalité sur le travail, aussi bien sur la part patronale que sur la part salariale. »

                    Je voudrais faire quelques remarques sur leur approche assez colbertiste.

                      Tout d’abord je leur signalerais que le marché des énergies primaires carbo-polluantes que sont le pétrole, le gaz et le charbon  ne les ont pas attendu. Les prix du baril de pétrole montent de 8$ par an  depuis près de cinq ans, les prix du gaz les suivent avec une certaine décote, quand à ceux du charbon, importé en Europe, ils ont doublé en 7ans. Pour l’instant ces prix n’ont pas ou peu dissuadé la consommation : nous nous trouvons en phase dynamique d’équilibre de l’offre avec la demande par une stimulation de l’offre due à une crainte virtuelle de rupture d’approvisionnement. Les volumes de pétrole consommés croissent annuellement de 1,3 mbl/j depuis dix ans, la consommation de gaz mondiale croît de 3% par an depuis cinq ans.

                    Pour ce qui est du pétrole, qui va être le premier concerné par les manques de ressources, les études analytiques de déplétion des grands champs pétroliers menées à Uppsala par Robelius montrent qu’il sera difficile de dépasser des productions mondiales de 90mbl/j à 95 mbl/j en fonction, bien sûr, des contraintes géopolitiques. Avec une consommation prévue en 2007 à 85,9 mbl/j par l’agence Internationale de l’Energie et des consommations tirées par l’Asie, le Moyen-Orient et l’Amérique du Sud, il est donc possible de prévoir que nous allons rencontrer les premières pénuries réelles de ressources dans trois à cinq ans.  L’équilibre offre/ demande par les prix se fera alors par réduction de la demande. La montée des prix du pétrole sera alors beaucoup plus vive (15 à 20 $ par an) et les volumes mondiaux consommés décroîtront.

                    Voilà le premier des paramètres de persuasion de la nécessité de faire des économies d’énergies : le Marché. Le champ d’expérimentation privilégié va bien sûr être les Etats-Unis pays de grand gaspillage mais aussi pays ou les économies peuvent être les plus rapides et les plus marquantes. Les prix du brut se répercutent en direct sur les prix à la pompe de façon proportionnelle. La prise de conscience est déjà réelle dans des Etats comme la Californie, il reste à passer aux actes et à ranger les Suv’s et autres Pick-Up au musée de l’automobile. Mais « the American way of life » en prendra un sacré coup.

                    Alors les incitations, les taxes, les impôts et les permis d’émissions que viennent-ils faire ?

                    Ils permettent tout simplement d’anticiper la hausse des cours. Mais fondamentalement, vu du consommateur, hausse ou baisse des prix, incitations, taxes, permis d’émissions ont finalement le même effet. Nos colbertistes parlent toujours comme si le monde était figé et que seules les taxes peuvent moduler le rapport offre / demande. En fait elles viennent se rajouter au Marché, elles le gauchissent en bien ou en mal.

                    Pour les taxes nous avons depuis des lustres la TIPP (Taxe intérieure sur les produits pétroliers) et son équivalent sur le gaz naturel (TICGN) qui représente un impôt sur le pétrole de 18 milliards d’euros dans le budget 2007. C’est de l’avis des spécialistes la seule taxe française écologique vraiment efficace et de loin. Il est évident que cette taxe a joué un grand rôle en France pour favoriser l’apparition de véhicules de faibles tailles, de faibles masses et de motorisations économes en énergie. Faudra-t-il l’étendre au charbon et au kérosène ? Sûrement pour ne pas fausser la concurrence. Faudra-t-il la moduler pour assurer une croissance régulière des prix de l’énergie. Peut-être, mais les prix de marché vont assurer cette hausse qui sera peut-être trop brusque. Alors la recommandation « Attribuer au carbone un prix en croissance régulière, jusqu’à la réduction par quatre de nos émissions de gaz à effet de serre, constitue la colonne vertébrale de la révolution écologique autour de laquelle nous devons désormais nous organiser. » sera peut-être inutile. Le carbone sera cher parce qu’il sera rare, trop rapidement parti en fumée.

  • Un indicateur avancé : la consommation estivale d’essence aux USA.

    Un indicateur avancé : la consommation estivale d’essence aux USA.

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                   La consommation d’essence des Etats-Unis, qui s’élève à 9,5 millions de barils par jour, représente 45% de la demande globale US en produits raffinés. C’est une part importante (9,5/84,4 soit 11%) de la consommation mondiale de produits pétroliers. En raison de capacités de raffinage limitées les USA importent 12% de cette essence (un million de barils par jour). Nous allons examiner plus en détail la croissance de la consommation US depuis huit ans et essayer de dégager un indicateur avancé du mode de vie des citoyens américains.

                    La variation annuelle de la consommation US d’essence est donc un paramètre du premier ordre pour déterminer l’évolution du marché, la formation des cours des produits raffinés et de ceux du pétrole brut. Mais c’est aussi un indicateur du mode de vie des Américains, puisque cette consommation dépend pour une grande part du nombre de véhicules en circulation, de leur consommation moyenne et de la longueur du parcours moyen annuel de l’automobiliste américain.

                    Le Department of Energy (DOE) publie les consommations hebdomadaires et mensuelles d’essence sur le territoire américain. Les valeurs mensuelles depuis Janvier 2000 sont représentées (FIG. I).

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    Il est difficile en cours d’année de comparer la consommation d’essence à celle des années précédentes en raison de la variabilité des données d’une semaine à l’autre ou d’un mois à l’autre.

                    On remarque que la courbe historique présente chaque année un pic de consommation vers les mois de Juillet et Août. Il correspond à la « driving season », période durant laquelle les familles US (et Canadiennes)  peuvent parcourir plusieurs centaines ou milliers de miles pour aller rendre visite à leur famille ou prendre du bon temps en Floride ou en Californie. C’est la ruée vers les rivages de la « Sun Belt ».

                    Sur la FIG. II, sont représentées les consommations moyennes journalières durant les seuls mois de Juillet et Août entre 2000 et 2007.

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                    Cet indicateur avancé montre que, durant l’été 2007, les Citoyens Américains automobilistes n’ont pas fondamentalement modifié leur mode de vie.

                    Leur nombre s’accroît de 1% l’an, en partie en raison de l’immigration et le nombre de voitures suit cette tendance. La réduction de consommation par véhicule semble donc pour l’instant très faible.

                    Cet indicateur avancé qu’est la consommation estivale d’essence, semble être, apparemment, en contradiction avec l’annonce de la baisse de génération de CO2 par les USA en 2006. En fait, la raison majeure de cette baisse est imputable à l’arrivée tardive de l’hiver  qui a repoussé les fortes consommations de gasoil, de propane et de gaz naturel en début 2007. En contrepartie, les statistiques 2007 devraient montrer une très forte croissance de la production de CO2 aux USA, surtout si l’hiver 2007 est précoce.

                    En conclusion, la consommation estivale (Juillet et Août) des automobilistes américains, mesurée depuis 2000, est toujours croissante. Le rythme de croissance semble cependant s’infléchir légèrement. La croissance du parc automobile de 1% par an environ n’est pas totalement compensée par la réduction des consommations individuelles. Certains citoyens US ont pris conscience des problèmes posés par les émissions de Carbone, mais ils n’ont pas encore mis leur mode de vie en accord avec leurs convictions, sur ce sujet.

                    Certains économistes français annoncent trop vite que la consommation de produits pétroliers décroît aux USA. C’est faux, elle croît.

  • Une autre appréhension de l’épuisement pétrolier.

    Une autre appréhension de l’épuisement pétrolier.

    Production_mondialeUne occasion de faire connaitre un site, celui de terre de brut. Et il y apparait que le plafonnement n’y est pas pour demain (2012), mais apparaitrait plutôt pour… Aujourd’hui.
    En effet, l’aplatissement des courbes EIA et AIE, et leur redressement, "dans quelques mois", toujours attendu, et jamais réalisé, montre un épuisement des qualités, des quantités qui montrerait plutôt l’imminence du phénomène.

    Mais, il est vrai que cette étude, finalement, s’appuie sur des données politiques et officielles. Les données parues ailleurs, ne sont peut-être pas fausses, mais inexactes. Car ce qui peut décider du PO (pic oil), cela peut-être aussi tout simplement la volonté des acteurs de ne pas essayer de gagner les derniers millions de barils/jour. Pourquoi vendre cher aujourd’hui, ce qui vaudra plus cher demain ?
    Et il ne faut pas négliger non plus les hantises des pétroliers. Celle des économies d’énergies. Peu leur importe finalement que la production augmente ou diminue. Ce qui leur importe, c’est ce qu’elle leur rapporte, et c’est souvent, pour ces pays, la seule ressource. Il faut qu’elle soit ajusté à la demande. Ni trop, ni trop peu.
    Le pouvoir de réplique technologique des pays développés, est, contrairement à ce que l’on dit considérable.

  • Grandes manœuvres autour de Burren Energy.

    Grandes manœuvres autour de Burren Energy.

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                Burren Energy est un groupe indépendant, coté à la Bourse de Londres, qui détient et exploite des champs pétroliers et gaziers au Turkménistan, au Congo, en Egypte et au Yémen. Sa production est de 36800 barils par jour.

                ENI, après l’achat de certains actifs africains à Maurel et Prom, poursuivant sa politique d’acquisition de parts de marché, à fait une offre à Burren de 1,48 mds£ ou près de 3mds$. Cette offre a été rejetée par Burren, jugée insuffisante, malgré une prime de 29% sur les cours moyens des trois derniers mois.

                Le Sud Coréen, KNOC (Korea National Oil Corp.) a fait, à son tour, une offre de 1,55 mds£ qui a été, elle aussi, rejetée par Burren, pour la même raison.

                La compétition est donc ouverte entre l’Italien et le Coréen. Le prix final sera intéressant à noter, comme référence de prix d’une petite pétrolière. Trois milliards de $ c’est la valorisation de trois ans de production de Burren à 75$ par baril.

  • L’épuisement des champs de pétrole géants.

    L’épuisement des champs de pétrole géants.

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    Pour comprendre le futur se l’exploration pétrolière, de ses ressources et de notre futur mode de vie il faut lire la thèse de Fredrik Robelius de l’Université d’Uppsala en Suéde. Elle s’intitule :

     

    Giant Oil Fields – The Highway to Oil
    Giant Oil Fields and Their Importance for Future Oil Production

     

    Dans ce travail académique il étudie les projections de productions de 507 champs pétroliers géants, contenant plus de 500 millions de barils de pétrole récupérable.

    Ces champs en nombre représentent seulement 1% du nombre de champs exploités ou connus. Mais en 2005 ils représentaient 60% de la production pétrolière et 65% des Réserves Ultimes Récupérables (URR). La majorité de ces champs ont été découverts depuis plus de 50 ans et l’on en découvre de moins en moins et de tailles de plus en plus réduites.

    L’étude de la déplétion de ces champs, couplée avec des hypothèses de futures découvertes et de l’exploitation des sables bitumineux permettent à l’auteur de bâtir plusieurs scénarios qui prévoient un maximum de production au plus tard en 2018 avec 93 mbl/j. Ce résultat est bien plus en retrait que les conclusions de l’ EIA qui prédisaient un maximum vers 2030 à 123 mbl/j. Robelius attribue cette différence à la sous-estimation par l’EIA de la rapide déplétion des champs géants. Il est en contradiction également avec les travaux analytiques du CERA  qui prévoit un potentiel de production de 110 mbl/j en 2015. La confrontation critique des hypothèses de chacun serait captivante.

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    Le plus important dans cette étude n’est pas la date du maximum, c’est sa faible amplitude à 93 mbl/j. En 2007 le monde consomme 86 mbl/j. L’accroissement de consommation annuel moyen depuis dix ans est de 1,3 mbl/j. Avec les besoins croissants de l’Asie, du Moyen-Orient et de l’Amérique du Sud il n’y a pas de raison que ce rythme se ralentisse, au contraire. Une extrapolation linéaire simple montre que la demande en pétrole devrait atteindre 93 mbl/j dans cinq ans.


    Cette prévision montre que nous devrions entrer dans des périodes de réelle pénurie en pétrole dans trois à cinq ans en fonction des contraintes géopolitiques. C’est demain !

     

  • La Birmanie cachée.

    La Birmanie cachée.

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            Chevron et Total exploitent en Birmanie un gisement offshore  qui produit, annuellement, 630 millions de pieds cubes de gaz.  En France, les critiques portant sur Total sont nombreuses et souvent sans appel. Le 16 Octobre C. de Margerie, Directeur Général de Total, a été auditionné par la Commission des Affaires Etrangères au sujet de la présence de son Groupe en Birmanie. Voici un extrait de sa déposition:

    « Abordant la situation de la Birmanie, il a précisé que des investissements avaient été faits, depuis longtemps déjà, dans un projet de production de gaz naturel principalement demandé par la Thaïlande qui manquait de gaz et d’hydrocarbures. Dans ce programme, Total est l’opérateur et se trouve associé à plusieurs partenaires : la société américaine Chevron, la compagnie thaïlandaise PTTEP et la compagnie nationale birmane. Il a indiqué que, conformément aux contrats, 85 % de la production étaient destinés à la Thaïlande et 15 % à la Birmanie, tout en regrettant que la part birmane ne soit pas plus élevée. Bien avant les évènements survenus récemment, Total, après l’avoir évoqué notamment avec la Prix Nobel de la Paix à Rangoon, avait pris la décision de ne pas procéder à de nouveaux investissements afin de ne pas créer de provocations. Actuellement les seules dépenses mises en œuvre sont destinées à maintenir le niveau de production et à entretenir les équipements existants dans le cadre du projet Yadana, pour les maintenir au meilleur niveau de qualité opérationnelle, notamment pour éviter tout risque d’accident ou de pollution ».

                  Pour ce qui est de la Société Chevron aux Etats-Unis les critiques sont rares et les articles de Presse soulignent le plus souvent le rôle positif d’un Groupe étranger produisant en Birmanie. « Je pense que la Birmanie régresserait encore plus vite vers le Moyen-âge si toutes les compagnies étrangères quittaient le pays » dit un membre du Peterson Institute.

                     Mais il n’y a pas que les Sociétés Pétrolières qui sont en Birmanie. Il existe aussi des activités à la frontière avec la Thaïlande qui ne sont pas très orthodoxes.

                    Andrew Higgins, du Wall Street Journal, a réalisé un reportage remarquable sur l’utilisation de la main d’œuvre birmane en Thaïlande. En voici quelques extraits :

    La “connection” Birmane

                    Myawaddy, Myanmar. Au nord de cette ville frontière, six jours par semaine, une cohorte de jeunes femmes à peine levées, descend péniblement un chemin boueux  pour grimper à bord d’un bateau métallique qui va leur permettre une très courte traversée de la rivière Moei, étroite et boueuse frontière entre le Myanmar et la Thaïlande. Ces femmes, victimes de la ruine économique de leur pays, dirigé par le plus coriace des régimes dictatoriaux, sont sur leur trajet pour aller travailler dans une usine thaïlandaise, située de l’autre côté de la rivière. Le soir venu, très tard, elles feront le chemin inverse pour rentrer au Myanmar. Ce va et vient assure la main d’œuvre de l’ensemble d’une industrie textile dont les forces reposent à la fois sur la misère de cette nation, auparavant connue sous le nom de Birmanie, refuge de légions de travailleurs désespérées, et sur la passion de l’Amérique pour la lingerie à bas coût. Elles travaillent pour « Top Form Brassiere (Mae Sot) Co » une unité d’une compagnie de Hong Kong, la Top Form International Ltd. La plupart des six millions de soutiens-gorge commercialisés cette année sous des noms tels que Maidenform ou Vanity Fair,  proviennent   de cette usine située le long de la rivière Moei. L’étiquette mentionne « Made in Thaïland » bien que la plupart de la main d’œuvre soit birmane.

                    « Il n’y a rien autour d’ici pour elles » dit le directeur de l’usine Top Form. Cet américain de 32 ans, explique que ces boulots permettent aux affamés du Myanmar de ramener au foyer trois dollars par jour. « Ils n’ont aucun revenu, aucune nourriture, aucun rien » dit-il, en dehors de son usine, à quelques miles de la ville Thaï de Mae Sot.

                                    Le Myanmar isolé, où les dirigeants militaires ont écrasé les protestations pacifiques dirigées par des moines boudhistes, offre un exemple accablant de travail transfrontalier  imposé  par les pressions questionnables du commerce international.

                    La mondialisation se fourre dans tous les coins et recoins les plus reculés et les plus politiquement toxiques de l’économie mondiale. Les sanctions des USA et de l’Europe dissuadent la plupart des Compagnies occidentales de s’installer au Myanmar. Mais le long bras du commerce contourne ces barrières, en des lieux comme cette zone frontalière, en aspirant de la main d’œuvre dans les pays limitrophes.

                    Le Myanmar pose aussi une question d’éthique pour les Occidentaux préoccupés par le rôle que les Multinationales peuvent jouer en soutenant des régimes crapuleux.  Le Myanmar est comparable à une décharge « économique » dans laquelle nombreux de ses quelques 56 millions d’habitants auraient soif de boulots que peu auraient envie de faire. Les directeurs d’usines frontalières, à la recherche du coût optimum, non pas pour leur propre intérêt, finissent par offrir des emplois que à la fois les gens du Myanmar et leur gouvernement militaire désirent.

                    L’ancienne colonie britannique a été autrefois le premier exportateur de riz du monde, avec une économie prometteuse. Les militaires prirent le pouvoir en 1962 et lancèrent un mouvement d’indépendance en mettant la main sur les entreprises et en expulsant les hommes d’affaires indiens.

                    Les dirigeants militaires vers la fin des années quatre-vingts commencèrent à courtiser les investissements étrangers et le commerce qui se développa avec les voisins asiatiques. Mais la politique répressive continua à stigmatiser les relations avec l’Ouest. Dans les années récentes, les prix croissants de l’énergie accrurent les recettes du Myanmar, tirées du gaz naturel. Le régime utilisa alors une large partie de cet argent pour édifier une nouvelle capitale et subventionner les carburants.

                    Ici à Myawaddy, une grosse ville frontière, les échoppes vendent de l’ail du pays et autres produits, mais ils elles sont approvisionnées presque entièrement en produits venant de Thaïlande ou de Chine. Myawaddy dispose d’une poignée de routes pavées et de peu de voitures. L’électricité est aléatoire. Les emplois sont encore rares.

                    Le principal employeur, un gros fabricant de vêtements, a plié boutique il y a plusieurs années, fautes de commandes, en partie en raison des sanctions US et européennes. La plus grosse entreprise est maintenant une distillerie, Grand Royal Whisky, qui produit à tout va un tord-boyaux alcoolisé à 1$ la bouteille. La contrebande avec l’autre côté de la rivière est la principale industrie florissante.

                    Le Myanmar « est en train de pourrir comme un poisson mort », dit Saw Sei un va-nu-pieds de 39 ans qui, la semaine dernière, est venu de Myawaddy à la ville Thaï de Mae Sot par le pont « de l’Amitié ». Pour démarrer ce qu’il espère être une nouvelle vie, il a emprunté l’équivalent de 15$ à des amis, à 10% d’intérêts mensuels, et affirme qu’il acceptera n’importe quel travail en Thaïlande pour 1,5$ par jour ou plus.

                                    Le désespoir économique du Myanmar qui s’est amplifié avec la montée des prix  des carburants et du gaz de chauffage, a été le catalyseur du mouvement de protestation. Il poussé au moins cent mille personnes, ou peut-être deux ou trois fois plus, à chercher du travail de l’autre côté de la frontière, dans la région de Mae Sot. Au total, plus de deux millions de gens du Myanmar sont supposés travailler en Thaïlande, avec peut-être un quart d’entre eux munis de documents de travail.

                        Alors, avant de vous prononcer sur la pertinence de la présence de Total en Birmanie, vérifiez si le soutien-gorge de votre petite amie n’est pas « Made in Thaïland ».

  • Fusion nucléaire en Chine.

    Fusion nucléaire en Chine.

    Images_3Beijing, 20 octobre 2007.
    La Chine pense mettre un réacteur de fusion en opération commerciale et produire de l’électricité d’ici 50 ans.
    On pourra donc répéter, ici à l’envie que la maîtrise technique échappe de plus en plus aux occidentaux, perdus dans leur finance.
    Les essais dans un laboratoire de l’ASC (académie des sciences de Chine) se déroulent de manière satisfaisante.
    L’ ASC a dépensé 200 millions de Yuans pour construire le premier réacteur expérimental dans ce domaine (Experimental advanced super conducting tokamak).

    Cette percée technologique, et la modestie de son coût est à mettre en relief. Pas assez cher au goût des occidentaux qui seraient plus férus de dépenses somptuaires et inutiles (pensons au coût de l’EPR !). En réalité, en occident, on en est souvent à la dépense de prestige, signe certain d’une perte de l’avance technique et du goût pour la dépense ostentatoire de domination sociale.

  • Arabie Saoudite : intervention ?

    Arabie Saoudite : intervention ?

    Images_2Les dirigeants du moyen orient, ont souvent une vision plus pondérée du pétrole que l’on croit, et ce sont d’habiles gestionnaires de cette rente. Ou du moins essaient de l’être.
    On va bientôt savoir si les gisements saoudiens ont encore quelque chose à donner, ou si ils s’épuisent irrémédiablement.
    Car pour les dirigeants saoudiens,il faut être fin comme l’or. Trop bon marché, le pétrole leur est un problème, trop cher, il est aussi leur problème.
    Car, pour eux, la production est satisfaisante, pour les besoins, car beaucoup de besoins peuvent être purement annulés. L’usage du fioul, par exemple, est en net régression.

    Et, à partir d’un certain seuil de prix, l’augmentation est malvenue, car elle incite à tourner la page, à investir dans les économies, phase qu’ils ont connus de 1974 à 1986, et qui est funeste dans leur mémoire.
    La taille des automobiles peut diminuer, les usages changer.
    Car, pour eux "l’âge de pierre ne s’est pas arrêtée, faute de pierre !", il est une évidence que le monde saura se passer de pétrole, ou du moins d’autant de pétrole que maintenant, mais leur intérêt leur suggère de reporter cette phase, le plus loin possible.
    Seule l’impossibilité quasi pathologique des nord américains (au moins des dirigeants), à envisager un changement de trajectoire, rend le problème énergétique important. Il faut dire que les cercles de pouvoir sont noyautés par les lobbys énergétiques.