L'Agence Internationale de l'Energie dans son World Energy Outlook 2009, depuis qu'elle a changé de patron, ne se risque plus à de périlleuses prévisions. Elle élabore tout d'abord un scénario de référence par extrapolation des tendances actuelles puis, elle propose ensuite une scénario modifié, plus économe en énergie, qu'elle appelle Scénario 450, qui devrait assurer que les teneurs en CO2 dans l'atmosphère ne dépasseront pas 450 ppm afin de maintenir, selon les théories actuelles, l'accroissement moyen de température de la planète aux environs de 2°C (FIG.I).
FIG.I : émissions de CO2 dues à la combustion des énergies fossiles dans le scénario de référence et dans le scénario 450 ppm de l'IEA
Ce scénario suppose qu'en 2020, si les actions proposées par l'IEA sont suivies par les politiques, les émissions de CO2 à 30,7 milliards de tonnes seront réduites de 3,8 milliards de tonnes par rapport à celles du scénario de référence. Dans ce bilan de réduction des émissions de bioxyde de carbone, les mesures d'amélioration de l'efficacité énergétique qui représentent 2,5 milliards de tonnes se taillent la plus grosse part. Cependant il est un nombre très choquant dans cette analyse ce sont les maigres 233 millions de tonnes de CO2 économisés par les gains de rendements dans les centrales électriques. Ce chiffre n'est pas à la hauteur des 13 à 14 milliards de tonnes de CO2 largués annuellement dans l'azur par les centrales électriques à flamme.
Un examen plus attentif des hypothèses de l'Agence montre que, dans son scénario 450, la consommation de charbon poursuit allègrement sa croissance pour dépasser les 3,5 milliards de TEP entre 2013 et 2020 (FI.II, courbe marron) alors que la consommation de gaz naturel (courbe parme) croît certes, mais de façon mesurée, pour plafonner à 3 milliards de TEP vers les 2025.
FIG.II : la consommation de charbon dans le scénario vertueux de l'IEA poursuit sa croissance jusqu'en 2015 alors que la consommation de gaz naturel ne croît que de façon modérée

Cette timidité dans l'utilisation du gaz naturel est d'autant plus choquante que par ailleurs l'IEA rappelle les énormes ressources de cette forme d'énergie primaire tant sous la forme conventionnelle (FIG.III) que sous la forme de ressources nouvelles atypiques comme les gaz des schistes bitumineux (shale gas), de houille (coal bed methane) ou de sables compacts (tight gas) très abondants aux Etats-Unis.
FIG.III : l'humanité n'a consommé que 14% des ressources ultimes estimées de gaz naturel conventionnel

Ce scénario 450 supposé vertueux de l'IEA semble donc largement maculé de noir de charbon. Volonté de l'institution de ne pas vouloir prendre à rebrousse poil ses puissants sponsors que sont les Etats-Unis, l'Allemagne ou le Japon gros consommateurs de charbon. Il y a sûrement de cela.
Enfin notons la grosse maladresse de l'Agence qui dans les efforts demandés met la Chine, avec 1,2 milliards de tonnes de bioxyde de carbone, en premier contributeur et les Etats-Unis en second à moins de 0,8 milliards de tonnes à l'horizon 2020 (FIG.IV). Bien que ceci soit mesuré par une courbe en forte croissance pour la Chine, il y a là une présentation destinée à faire échouer les négociations à Copenhague. On ne peut pas imaginer mieux! Les Etats-Unis et plus globalement les pays de l'OCDE doivent apparaître en tête du mouvement pour espérer de voir suivre la Chine et l'Inde. Pour l'instant, d'après le représentant du Premier Ministre indien à Copenhague, il n'y aurait aucune chance de signer quoi que ce soit.
FIG.IV : l'IEA demande un effort à la Chine disproportionné par rapport à celui demandé aux Etats-Unis

LIRE l'Executive Summary du WEO 2009
Le 11 Novembre 2009
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